Sur l'axe routier Alger - Tizi Ouzou, Si Mustapha est un carrefour de la mort. Lundi dernier, ses habitants ont bloqué la circulation pour dénoncer le terrorisme qui y règne : «Nous ne pouvons plus supporter que nos enfants soient kidnappés en plein jour et égorgés par des hommes sans foi ni loi.» Cette colère d'un jeune, rapporté par un journal, est la traduction de l'immense détresse de la population et de son ras-le-bol devant la persistance depuis des années de l'insécurité dans la région. Les wilayas des environs de la capitale y sont particulièrement touchées, le kidnapping devenant une forme nouvelle de terrorisme en alarmante progression. Tizi Ouzou en détient le triste record, le tout dernier visant un cardiologue de Beni Douala dont ne transparaît encore aucune nouvelle.
Un certain nombre de libérations d'otages ont eu lieu ces deniers temps sous la pression des villageois, ce qui a conduit ces derniers à privilégier ce type de lutte, l'objectif étant double : ôter tout sentiment d'impunité aux kidnappeurs et envoyer des signaux forts aux pouvoirs publics. Le message se veut surtout clair en direction de l'Etat : les services de sécurité doivent s'impliquer tout autant dans les zones reculées que dans la capitale qui, au vu des moyens déployés, apparaît mise à l'abri. Ne pas le faire, c'est créer une autre fracture dans le pays : l'Algérie du droit et celle du non-droit, la quiétude des uns et l'insécurité des autres, une fracture qui aggraverait celles qui existent, en Kabylie notamment. Pour l'heure, le message n'est pas entendu, le phénomène des rapts continuant de se développer, ciblant davantage les cadres et les entrepreneurs, ce qui a créé dans cette catégorie de la population une énorme psychose.
Beaucoup ont fini par déserter les zones semi-urbaines et semi-rurales, accentuant de ce fait leur précarisation économique et sociale. Si les autorités ne réagissent pas rapidement, et de la manière la plus ferme, les citoyens seront conduits à développer à outrance le reflexe de l'autodéfense. Avec souvent des conséquences fâcheuses, voire dramatiques, car la lutte contre le terrorisme et le grand banditisme est d'abord une affaire des professionnels. C'est un combat exigeant une grande technicité et une large expérience. Les services de sécurité algériens possèdent ces atouts, reconnus à l'extérieur même du pays. Mais c'est aux politiques de décider de leur utilisation' et c'est là que le bât blesse.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Bahmane
Source : www.elwatan.com