Tizi-Ouzou - A la une

le non-dit est assourdissant Yemna du théâtre Kateb Yacine de Tizi Ouzou



S'il est un des rares metteurs en scène algériens qui se soucie de sa crédibilité d'artiste en s'astreignant à un niveau d'exigence plus que respectable dans ses créations, c'est certainement Sonia.Elle vient de le confirmer avec la dernière production du théâtre Kateb Yacine de Tizi Ouzou. Cependant cette fois-ci, elle a élevé la barre plus haut, ce qui était d'ailleurs attendu d'elle avec une pièce aussi dense que Yemna, le deuxième volet de la trilogie de Fedérico Garcia Lorca, le premier étant Noces de sang et le dernier La maison de Bernarda Alba, tous consacrés à la condition féminine et aux atavismes de la sociale rurale en Andalousie dans les années 1930. Ces pièces, particulièrement la deuxième et la troisième, pour d'évidentes raisons, sont parmi celles du répertoire mondial les plus reprises dans le Monde arabe et en Algérie.
Bouziane Ben Achour en a assuré l'adaptation pour la transformer en Yemna. Mais tout en évacuant les référents spécifiques à la société ibérique, il a préservé le fond profond de la pièce, ce qui n'est pas un moindre mérite sachant sur quoi débouchent généralement «l'algérianisation» de nombreuses 'uvres. A cet égard, BBA a franchi l'écueil des tabous en usant d'un langage populaire poétique où l'aveu le plus malaisé est métaphorisé. De la sorte, grâce à la jonction avec une mise en scène faisant enfler crescendo le drame jusqu'à l'élever à la tragédie, le non-dit devient assourdissant.
Une Nacéra Benyoucef qui promet Yemna, une Nacéra Benyoucef qui promet, est une épouse fidèle selon les codes d'une société patriarcale, où la femme ne gagne socialement en crédit qu'en ayant procréé. Après deux années de mariage, elle demeure inféconde au grand dam de son entourage, ce qui lui vaut bien des avanies. Elle-même est en cruel manque de maternité, ce qui conduit à d'incessantes querelles constantes avec Ferdi, son époux. Ce dernier, Hocine Aït Guenni Saïd dans le rôle, consacre curieusement toute son énergie et son temps pour obtenir le meilleur rendement de ses plantations. Le drame s'aiguise, le rythme s'accélère et c'est dans un lieu de perdition qu'il se conclut, un endroit dont on ne vous dira pas l'équivalent «algérien» aménagé par BBA.
A cet instant, Sonia démultiplie Yemna, faisant appel aux ressources de la musique et de la chorégraphie, deux arts auxquels d'autres metteurs en scène avant elle ont eu recours, soucieux qu'ils étaient de forcer la dose de localisme ibérique du fait de ce que charrie cet univers de rudesse et de sensualité dans l'imaginaire du spectateur. Cependant, si dans sa mise en scène, avec la collaboration de Hebbal El Boukhar, son scénographe attitré, elle a restitué les décors et les costumes de l'Andalousie de l'époque de Lorca, pour ce qui est du chant et de la musique, c'est plutôt en Kabylie que la transposition de la méditerranéité a été effectuée. A cet égard, Djaffer Aït Menguelet a réussi de prenantes compositions alors que Naâmane Mohamed a ajouté de l'âpreté à la pièce avec sa chorégraphie.
Le spectacle fonctionne de bout en bout bien que pour ce qui est de la distribution, hormis Aïda Kechoud, en personnage de mi-sorcière mi-rebouteuse, tous les autres comédiens en sont encore à apprendre leur métier. Ils n'ont pas démérité en imposant le respect par leur sincérité dans le jeu. Le public de la maison de la culture de Témouchent leur en a su gré en les acclamant avec chaleur.
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