De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati
Beaucoup a été dit et beaucoup a été fait dans le cadre de la promotion et du développement de l'artisanat. Parfois un peu trop, au point où cette activité se trouve trimballée d'un ministère à un autre et d'une tutelle à une autre, comme cet enfant illégitime, ce fardeau gênant, que personne ne veut reconnaître. Et quand on en fait un peu trop, on n'obtient pas toujours les résultats qu'on veut. Ou qu'on ne veut pas. Ces dernières années, les artisans ont bénéficié de certaines mesures prises par les pouvoirs publics mais ont subi d'autres actions qui empêchent, à ce jour, l'activité artisanale de prendre son envol. Exemple : la décision d'accorder des faveurs fiscales aux artisans potiers contre la prise en charge de la formation d'un stagiaire a été bien accueillie par les artisans ; mais à quoi cette mesure servirait-elle si l'artisan qui produit à moindres frais n'écoule pas sa marchandise sur le marché ou reste à la merci de l'importateur en ce qui concerne la disponibilité et le prix des matières premières ' On se retrouve avec un bon artisan qui paie moins d'impôts et qui emmagasine sa marchandise en attendant un client probable qui ne viendra pas. Parce que ceux qui ont décidé de réduire les impôts de l'artisan ont laissé les champions de l'import-import introduire tout et n'importe quoi et imposer leur loi sur la qualité des produits importés et surtout sur leurs prix ; car si l'argile est facile à trouver à des prix relativement bas, les autres matériaux utilisés dans la poterie, tels les oxydes, ne sont pas toujours disponibles ni toujours accessibles en termes de prix. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, ces difficultés sont mal vécues par les artisans qui ne savent plus sur quel pied danser, ne comprenant pas «les contradictions constatées dans l'action des pouvoirs publics». A La Tribune, un artisan potier et céramiste, Dahmane Ferhat, parle des difficultés rencontrées parfois pour se procurer les oxydes importés généralement d'Espagne ou d'Italie. «Parfois, les prix des matériaux importés sont trop élevés et instables», indique encore l'artisan qui se dit plus ou moins chanceux, puisqu'il dispose d'un petit local au niveau de la Maison de l'artisanat de Tizi Ouzou, contrairement à des centaines d'autres artisans de différentes activités (poterie, bijouterie, tapisserie' etc.) qui ont beaucoup de mal à écouler leurs produits. Notre interlocuteur pose également le problème de la cherté du matériel, en l'occurrence le four, dont le prix varie entre 40 et 150 millions de centimes. Tous les artisans ne sont pas en mesure de débourser une telle somme pour s'offrir un four, et l'aide prévue par les autorités dans le cadre du fonds de promotion de l'artisanat ne profite pas à tout le monde ; l'artisan potier céramiste interrogé, lui-même ayant déposé des dossiers au niveau de la Chambre de l'Artisanat et des Métiers (CAM) de Tizi Ouzou pour bénéficier de cette aide de l'Etat, n'a rien vu venir depuis1999, année du dépôt de son premier dossier à 2006 ; il a dû se résigner à payer un four par ses propres moyens pour que son activité survive.
En ce qui concerne le retour de l'artisanat dans le giron du tourisme, après quelques années passées sous la tutelle de la PME, les artisans se déclarent favorables, selon notre interlocuteur, qui dit refuser que les artisans soient mis sur le même pied d'égalité que les PME. «Celles-ci activent à longueur d'années, alors que l'artisan écoule sa marchandise selon les saisons et les occasions», explique Dahmane Ferhat qui salue aussi la décision gouvernementale d'accorder des faveurs fiscales aux artisans qui prennent des stagiaires sous leur aile. Mais il trouve regrettable que les artisans ne soient pas tous au courant de cette mesure, le travail d'information n'ayant pas été fait par les structures concernées. Une mesure dont pourraient bénéficier toutes celles et tous ceux qui ont quitté l'activité informelle grâce à l'autre mesure gouvernementale qui consistait à accorder un diplôme aux artisans pour qu'ils puissent activer légalement. Une mesure qui a certes fait sortir des artisans de l'illégalité, mais de nombreux autres ont préféré rester dans l'informel, considérant que «les facilités accordées par l'Etat ne couvrent pas toutes les difficultés existant sur le terrain». Du moins, c'est ce que pensent certains artisans activant dans la bijouterie et la tapisserie traditionnelles qui continuent à fabriquer leurs produits à domicile. «La matière première n'est pas toujours disponible en quantité suffisante et son prix reste encore exorbitant», affirme un artisan bijoutier qui active à domicile avec sa vieille mère, artisane elle aussi, et qui compte beaucoup sur les marchés informels de bijoux pour écouler sa marchandise, comme celui du centre-ville de Tizi Ouzou, à côté de l'ex-banque centrale, où convergent, tous les samedis, des bijoutiers, notamment des femmes pour proposer des bijoux non poinçonnés. C'est ce que font aussi les centaines de tisserandes de la wilaya qui rejettent la légalité, trop coûteuse pour elles, et le marché formel où «les loups et les renards sont plus nombreux que les agneaux» dixit une jeune tisserande de Larbaa Nath Irathen qui affirme avoir déjà été arnaquée par des clients, loin de sa région.
L'organisation optimale du marché de l'artisanat est une revendication importante des artisans qui n'en peuvent plus d'une certaine anarchie où la loi de l'offre et de la demande n'est pas la règle. En attendant que le tourisme devienne une réalité pour que l'écoulement des produits artisanaux ne soit plus un problème. Et que l'activité artisanale devienne totalement légale et formelle, afin que la wilaya et la population locale en profitent économiquement.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M B
Source : www.latribune-online.com