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Le conte risque de disparaître Les mémés ne racontent plus et les éditeurs manquent de compétence à Tizi Ouzou



Le conte risque de disparaître Les mémés ne racontent plus et les éditeurs manquent de compétence à Tizi Ouzou
De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati

Il y a très longtemps, les grands-mères racontaient des histoires à leurs petits-enfants pour les aider à dormir, mais aussi pour participer à leur éducation en transmettant des valeurs véhiculées par ces histoires. Cela se passe ainsi depuis la nuit des temps, mais cette pratique va inexorablement vers la disparition, la société algérienne ayant connu un immense chamboulement dans son vécu quotidien. Ils sont rares par exemple les enfants qui grandissent dans la même maison que leurs grands-parents, ce qui a cassé cette pratique ancestrale qui lie les enfants à leurs mémés. L'évolution de la société, notamment le remplacement de la tradition orale par celle écrite et l'apparition de supports d'écriture et des nouvelles technologies, a comme signé l'arrêt de mort de l'oralité et des contes dont bénéficiaient les enfants tous les soirs devant les cheminées.
Aujourd'hui, les parents qui ont vécu cette pratique tentent tant bien que mal de remplacer les grands-parents, non pas en racontant des histoires de contes à leurs enfants, mais en usant d'ouvrages achetés dans les librairies. Tous les parents ne sont malheureusement pas en mesure de le faire, notamment au sein des couples où les deux parents travaillent et n'ont donc pas le temps de lire des contes à leurs enfants. Ce n'est pas le cas non plus pour les couples qui n'ont pas les moyens de s'offrir des livres de contes, comme pour ceux qui ne sont pas assez instruits pour pouvoir lire. De ce fait, la lecture nocturne des contes au profit des enfants se réduit comme une peau de chagrin, vu le rythme infernal imposée à la vie de couple.
Cette situation est visible dans toutes les wilayas du pays mais celle de Tizi Ouzou la vit de façon un peu plus particulière tant les contes de grand-mère étaient considérés comme faisant partie du patrimoine de la région. Timuchuha (contes) ou Tamachahut (singulier)
disparaissent des foyers des villages de la région, mais risquent de disparaitre aussi des librairies où l'on propose des livres de contes soit trop onéreux, soit de qualité médiocre. Dans les librairies de la ville des genêts, il est proposé des livres de contes de bonne qualité, mais ils sont importés, de France notamment. Non seulement, ce sont des ouvrages qui coûtent des centaines de dinars l'unité, mais on n'y trouve pas les contes que nos grands-mères racontaient le soir devant le feu de la cheminée. Il s'agit plutôt de contes français ou européens qui transmettent certes certaines valeurs, comme l'amitié, la générosité et la solidarité, mais qui sont loin de la culture et des traditions locales. Certains auteurs ont même tenté une expérience assez intéressante, en adaptant des contes étrangers pour les marier aux traditions locales.
L'idée n'est pas mauvaise, mais l'adaptation n'a pas été à la hauteur, les parents ayant trouvé toutes les difficultés à expliquer le contenu à leurs enfants. Cela en plus des erreurs que les éditeurs ont laissé passer dans ces ouvrages alors qu'il aurait été plus intelligent de faire passer les manuscrits à des correcteurs qualifiés pour ne pas perturber la scolarité des enfants. Il existe également des livres de contes locaux, qui sont certes les bienvenus puisque leurs prix sont plutôt abordables pour les petites bourses, mais leur qualité laisse à désirer et ils n'aident pas à pérenniser le conte ou plutôt à empêcher sa disparition de l'environnement local. Ils sont également bourrés de fautes d'orthographe et parfois même de grammaire, faisant même croire à certains que cela a été fait de façon délibérée pour des objectifs inavoués. Pour cela, il est temps que les pouvoirs publics se décident à s'occuper du contrôle de ces éditions qui massacrent les langues et mettent en péril la scolarité des enfants.
M. B.
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