
Aujourd'hui, Loundja, Teryel l'ogresse, Tafunast Igujilen (La vache des orphelins) et tant d'autres contes et légendes qui ont bercé les soirées des enfants durant des siècles, ont complètement disparu des traditions familiales kabyles. Les grands-mères ne réunissent plus leurs petits-enfants autour du feu pour leur raconter des contes tirées généralement de légendes et de croyances qui attirent l'attention et la curiosité des enfants. Les familles saisissaient cet intérêt des enfants comme une opportunité de leur inculquer des valeurs chères à la société de l'époque. Une époque connue pour être de tradition orale qui fait qu'aujourd'hui, un certain patrimoine immatériel risque la disparition avec la grosse métamorphose que la société algérienne en générale et kabyle enparticulier a connue.Il faut dire qu'à notre époque, rares sont les enfants qui décident d'habiter avec leurs parents une fois mariés. Et c'est là que la relation ancestrale entre les enfants et leurs grands-parents a cassé sans qu'il y ait une chance de recoller les morceaux, vu l'évolution de la société. Ceci pour la transmission orale de ces contes et légendes populaires, mais pour la sauvegarde de ce patrimoine, ô combien important, il est clair qu'il ne faut plus compter sur nos grands-mères pour le faire. C'est le rôle bien entendu des institutions de l'Etat mais aussi des associations, des conteurs et tous les intervenants dans l'édition. Et ce ne sera pas une tâche facile en raison de la longue période qui sépare le début du déclin de cette tradition à la fin des années soixante-dix ou au début des années quatre-vingt, et le début d'un travail de prise en charge qui reste à ce jour timide. Cette disparition du conte kabyle ou berbère était déjà prédite par l'immense Mouloud Mammeri dans son Machaho ! Contes berbères de Kabylie. Il disait en 1980 que les contes berbères oraux vivaient leurs dernières années car «d'autres jeux, d'autres modes de dire et de révéler les remplacent».Il existe certes un effort dans le sens de la préservation du conte, fourni essentiellement par des associations et des auteurs, mais cet effort doit aussi être maintenu et pérennisé. Il existe déjà des publications de (ou sur les) contes kabyles. Certains artistes comme Ali Meziane ont enregistré plusieurs chansons qui ne sont autre que des contes, et c'est tout à leur honneur, surtout que la société kabyle actuelle n'écoute pas ce genre d'?uvres, préférant les chansons festives sans âme et sans textes consistants. En parallèle, il y a deux associations dans la wilaya de Tizi Ouzou qui activent de façon régulière dans le sens de la préservation mais aussi du développement du conte et du récit.L'association Le Grain magique de Draa Ben Khedda lui consacre annuellement un festival. Quelques milliers d'enfants assistent à des récits à l'occasion du Festival des arts du récit et du conte organisé dans cette localité proche de Tizi Ouzou mais aussi à la Maison de la culture Mouloud-Mammeri. La même association profite de la célébration de la Journée mondiale de l'enfance, le 1er juin de chaque année, pour organiser un petit festival, Tafsut b-agrud (Le printemps de l'enfant) qui donne une large place au conte et au récit. De son côté, la Ligue des arts dramatiques et cinématographiques (Ladc) de la wilaya de Tizi Ouzou accorde une place importante au conte, notamment lors de son FestivalRaconte-Arts qui se déplacera l'été prochain vers la localité d'Illoula Oumalou (Bouzeguen) pour sa onzième édition. Un programme chargé est en effet réservé aux enfants à l'occasion de chaque édition à l'occasion de laquelle les enfants du village d'accueil sont regroupés tous les soirs de 22 heures à 2 heures du matin autour de conteurs algériens, africains et même européens. Et à chaque fois, ils ont droit à des contes kabyles, des autres régions du pays et des pays du monde entier.M. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Malik Boumati
Source : www.latribune-online.com