Tizi-Ouzou - A la une

Le bonheur d'être...



Le bonheur d'être...
«Il ne faut pas de tout pour faire un monde. Il faut du bonheur et rien d'autre» Paul EluardIl y a des gens qui sont carrément à côté de la plaque! Je veux parler de ceux qui se posent des questions métaphysiques du genre: «Les Algériens sont-ils vraiment heureux'» Il faut réellement n'avoir plus rien à se mettre sous la plume ou bien avoir des courants d'air dans le cerveau pour se poser des questions aussi plates, pour ne pas dire autre chose, pour rester dans le langage correct. Mais bien sûr, mon gros bêta que les Algériens sont heureux: il suffit de poser la banale question à n'importe qui: «Comment ça va'» Pour s'entendre répondre: «Plût au Ciel, ça va très bien...». Donc, un étranger qui n'est pas au courant des us et coutumes de ce pays en tirera la conclusion hâtive que tout va bien pour ces trente-six millions qui s'abreuvent à la rente pétrolière et que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. C'est en général ce qui paraît quand on voit cela d'une certaine altitude, c'est-à-dire quand on survole le pays en 1ère classe ou bien du haut du perchoir où logent les éternels protecteurs des constantes de la nation, ces vigiles qui vous parlent à tout propos des intérêts supérieurs de la nation car ils ont des revenus qui donneraient le tournis au plus fortuné des smicards... Mais quand on s'approche un tout petit peu, à hauteur d'homme normal, on s'aperçoit que la réalité se pare de quelques nuances qui ne sont pas tout à fait négligeables. Bien sûr qu'il y a des Algériens qui sont complètement heureux et qui trouvent que ce pays est vraiment le meilleur de tous les pays, que son climat est des plus cléments surtout qu'ils vivent cinquante et une semaines par an... à l'étranger. Vous voyez de qui je veux parler: ce sont ceux qui ont un retour de nostalgie chaque fois qu'ils évoquent les couleurs du drapeau national claquant au vent sur le parvis des Nations unies, mais que cela n'empêche pas de planter leur tente sur les bords de la Seine: l'exil doré, c'est ce qui leur donne la larme à l'oeil. Je ne veux aucunement faire ici allusion à ceux qui bivouaquent dans le Maryland ou à Montreux ou qui sont obligés de faire des courbettes aux émirs arabes réunis pour jouir le plus longtemps possible du produit de leurs rapines. Je ne veux pas parler aussi de ces privilégiés qui ont le don de transformer en or tout ce qu'ils touchent et qui ont un doigt dans chaque affaire juteuse, à l'importation ou à l'exportation, peu importe, du moment que cela rapporte... Je ne veux pas mentionner ici, ceux qui jouissent du bonheur éphémère que produit un joint de bonne qualité dans une ruelle sombre, surtout quand cette capiteuse cigarette artisanale est additionnée d'un amer café froid: ces amateurs de paradis artificiels ont des réveils durs, très durs...
Le vrai bonheur est vécu par ce modeste retraité qui est toujours heureux de se réveiller bien vivant chaque matin que Dieu fait et qui doit, par tous les temps, résoudre les petits problèmes qui se posent à sa famille fort occupée par ailleurs à essayer de gagner de quoi espérer le bonheur. Tenez, hier matin, j'ai pris le car de bonne heure pour aller au bled chercher des extraits de naissance afin que mes enfants puissent fournir des dossiers complets pour l'Aadl: arrivé à Tizi Ouzou, j'ai attendu vainement le petit car qui doit m'emmener jusqu'à ma commune natale. En vain, et pour cause: la route est coupée au niveau de Oued Aïssi, juste en dessous du grand barrage de Taksebt, en face de l'hôpital psychiatrique Fernane-Hanafi... Des énergumènes avaient brûlé des pneus et des branches d'eucalyptus pour attirer les pouvoirs publics, d'ailleurs absents sur les lieux du drame, sur leurs conditions de logement. Je ne suis arrivé que quatre heures plus tard au chef-lieu de ma commune d'origine dont les transports privés avaient fait grève ce jour-là. Faire 15 kilomètres en quatre heures, ce n'est pas cela le bonheur'
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Nom & prénom
email : *
Ville *
Pays : *
Profession :
Message : *
(Les champs * sont obligatores)