Tizi-Ouzou - A la une

La prudence reste de mise à Iboudrarène



La prudence reste de mise à Iboudrarène
Ni cantonnement militaire ni brigades des services de sécurité. Seuls les saints gardiens de la région veillent sur Iboudrarène, une localité montagneuse située à 45 km à l'est de Tizi Ouzou.Mardi 6 mai. Dix-huit jours après l'attentat meurtrier contre un convoi de l'ANP, le chef-lieu de la commune est toujours plongé dans un climat d'inquiétude. «Nous avons vécu une nuit d'enfer. L'accrochage a duré une trentaine de minutes. Des balles traçantes étaient visibles de loin», témoigne un vieil homme rencontré devant un magasin d'alimentation générale. «Bien sûr que nous avons peur. Nous habitons des hameaux isolés. Nous ne savons même pas quelle autorité alerter en cas d'agression terroriste. La brigade de gendarmerie la plus proche est à Tassaft, distante de 5 km.Les gendarmes auxquels incombe la sécurisation des zones rurales ne sortent jamais la nuit en cas d'urgence, de peur d'être attaqués. Nous en avons eu l'amère expérience durant la décennie noire. Même nos fusils ont été confisqués par l'Etat à partir de 1994, de crainte qu'ils tombent entre les mains des groupes armés. Nous sommes pris entre le marteau et l'enclume. On pensait que tout était rentré dans l'ordre après les années de feu et de sang endurées par la population, mais voilà que ça repart», enchaîne-t-il en réponse à notre question.Midi, nous prenons la direction du lieudit La Carrière, à 9 km du chef-lieu d'Iboudrarène. C'est ici, au détour d'un virage, qu'un détachement de l'armée est tombé dans une embuscade le 19 avril. Les soldats transportés à bord d'un minibus ont été surpris vers 22h, alors qu'ils revenaient d'une mission de sécurisation de l'élection présidentielle. Déboulant certainement des montagnes abruptes qui ceinturent le lieu de l'attentat, les terroristes actionnent leurs armes en direction de leur cible.Le bilan est lourd : onze morts et cinq blessés. «Depuis cet attentat, on ne s'aventure plus dans les parages à partir de 18h. C'est trop risqué», dit un berger rencontré sur le lieu du drame. «Les militaires ont levé le camp il y a une semaine. Ils ont ratissé la forêt et largué des bombes à Tizi n'Kouilal», ajoute notre interlocuteur. «Nous avions l'habitude de passer sur cette route à minuit, mais à présent, nous prenons nos précautions», ont affirmé pour leur part deux vendeurs de miel qui se dirigeaient vers Tikjda, apostrophés devant une source naturelle mitoyenne de l'endroit du guet-apens. D'autres témoignages affirment que des opérations de ratissage ont été menées début 2014 dans ce «no man's land» culminant à 900 m d'altitude. «Nous sommes livrés à nous-mêmes. Ce n'est pas de la lâcheté, mais les gens ont peur. Il n'y a aucune structure des services de sécurité dans notre commune et les villages sont éloignés les uns des autres», explique un père de famille.De Mouffok à Droukdel, même «combat»Au début des années 1990, les neuf villages de la commune d'Iboudrarène ont connu un exode rural sans précédent en raison de la situation sécuritaire délétère qui prévalait à l'époque. Des habitants se rappellent encore des années durant lesquelles l'émir Hamid Mouffok, abattu par l'armée en 2000, un des terroristes les plus actifs qu'ait connu la wilaya de Tizi Ouzou, paradait avec ses éléments en plein jour et agissait comme en terrain «conquis» à Ouacifs et dans les régions voisines. A son triste palmarès figurent des attentats contre les convois des services de sécurité et des faux barrages pour délester les automobilistes de leur argent. Après sa mort, le GSPC, devenu Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI), s'est réorganisé à l'effet de relancer sa machine de guerre en Haute-Kabylie.En dépit des opérations de ratissage de l'armée et du renforcement du dispositif sécuritaire dans les villes, la wilaya demeure un foyer actif des groupes islamistes armés affiliés à AQMI. Rompus aux tactiques de l'embuscade, les éléments de l'ex-GSPC, activant en groupuscules très mobiles, ont démontré sur le terrain qu'ils n'ont rien perdu de leurs capacités de frappe, battant en brèche les discours des responsables en charge de la lutte antiterroriste.Aux Ouacifs, à Azazga et Iboudrarène, entre autres, des attaques spectaculaires ont été menées contre des convois militaires et des patrouilles des services de sécurité. La région est devenue aujourd'hui un véritable QG de la branche locale d'AQMI. Elle abrite l'une des phalanges les plus meurtrières, katibat El Ançar, un escadron spécialisé dans les kidnappings, les attentats ciblant les casernes et les postes de police afin de récupérer armes et munitions. Trois autres groupes ont été réactivés depuis 2007 pour booster l'action macabre de l'organisation de Droukdel et desserrer l'étau sur les maquis.Il s'agit de la katiba de l'Akfadou, point de jonction entre la haute et la basse Kabylie, la séria de Yakouren et celles de Beni Douala (Ennour) et de Mizrana. Dans son dernier communiqué où il revendique l'attentat d'Iboudrarène, AQMI annonce la création d'un autre groupe, dénommé Al tawhid wal jihad, inconnu jusque-là dans l'organigramme de la nébuleuse islamiste en Kabylie.


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