La filière de l'apiculture dans la wilaya de Tizi Ouzou est confrontée depuis quelque temps à un nouveau phénomène étrange, qui ne cesse d'inquiéter de nombreux apiculteurs de la région. Il s'agit de la désertion mystérieuse des abeilles que de nombreux apiculteurs disent avoir constatée. Certains voient leurs ruchers diminuer quotidiennement et d'autres disent avoir déjà perdu la moitié de leurs ruches et même plus dans certains cas. "Quand j'ai commencé aux côtés de mon père à élever des abeilles, je n'avais que dix ans. Cinquante ans après, je découvre ce phénomène étrange.En effet, les abeilles quittent les ruches et ne reviennent plus. Certes, nous avons eu des années où quelques ruches étaient décimées, notamment par la neige, mais pas avec cette ampleur. Cette fois-ci, nous ne comprenons rien", a avoué un apiculteur de Draâ El-Mizan, qui possède plus de 250 ruches, dont un rucher à Tiaret.
Notre interlocuteur a signalé que les ruches abandonnées étaient pleines de miel, de nourriture et très propres. Selon un expert dans l'élevage des abeilles, cela serait dû au phénomène de la pollution. "La désertion des ruches était connue mais pas au rythme où elle l'est aujourd'hui", a affirmé un spécialiste du domaine interrogé à ce sujet.
Pour lui, plusieurs facteurs peuvent en être à l'origine : les agents biologiques, à savoir les parasites et pathogènes, les pesticides qui peuvent influencer le dynamisme et la santé de colonies entières, les facteurs environnementaux, à savoir les conditions météorologiques telle la sécheresse rigoureuse, ou encore les cycles climatiques perturbés, comme c'est le cas pour cette année, puis aussi l'activité industrielle qui peut même les décimer.
Une explication qui est loin d'être partagée par un apiculteur d'Ath Bouadou, une commune située en plein massif du Djurdjura, qui estime que la thèse de la pollution n'explique pas vraiment cette désertion. "Nos ruchers sont dans les maquis où il n'y a pas de pollution et encore moins de pesticides ou d'herbicides. L'an dernier, j'avais quatorze ruches pleines, il n'en reste que quatre. Vraiment, c'est une perte sèche.
Il faudra les repeupler, mais ce n'est pas aussi aisé qu'on le pense", a-t-il expliqué. En tout cas, de nombreuses localités sont touchées par ce phénomène. Un des apiculteurs approchés dit avoir déjà accusé des pertes s'élevant à plus de cent cinquante millions de centimes. "À ce rythme, nous craignons de tout perdre sans, d'ailleurs, trouver de réponse exacte à cette désertion massive de milliers d'abeilles qui nous rassurera un tant soit peu", s'est-il plaint.
Ainsi, d'ailleurs, les apiculteurs touchés par ce phénomène disent avoir attiré l'attention de l'Association des apiculteurs professionnels du miel du Djurdjura à l'effet de prévoir des journées d'information et de sensibilisation afin d'éclaircir ce phénomène en présence d'experts dans le domaine. "Ce phénomène de désertion met en danger à court terme la profession et la passion de l'apiculteur et, plus tard, le fonctionnement des écosystèmes", prévient un spécialiste.
Il est à rappeler que lors de la 5e édition dédiée au miel et à ses produits dérivés en octobre dernier, ils étaient nombreux à déclarer que la production était en baisse par rapport aux années précédentes, citant justement au passage le dérèglement du cycle climatique et la pollution qui impacte le bien-être des abeilles.
O. Ghilès
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ghilès O
Source : www.liberte-algerie.com