Photo : M. Hacène
De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati
C'est parti pour une quinzaine de jours de vacances scolaires et les bambins qui lancent leur youpi de délivrance tomberont de nouveau dans l'inaction ayant toujours caractérisé cette période de leur année scolaire. A l'exception de quelques privilégiés dont les parents disposent de moyens nécessaires (financiers et matériels) ou ceux habitant près des institutions culturelles qui présentent des spectacles spéciaux pour enfants, le reste va devoir improviser pour passer le temps. Toutes les wilayas du pays sont concernées par cet état de fait qui pénalise les enfants, particulièrement ceux vivant dans les contrées reculées des wilayas. L'école étant l'institution la mieux placée pour propager la culture et les arts parmi le plus grand nombre d'enfants, elle a en fait abandonné ce rôle depuis plusieurs années.
Les enfants sont l'avenir du pays. Combien de fois n'a-t-on entendu cette phrase de la bouche de responsables, qui semblent loin de savoir ce que vivent réellement les enfants, ce que veulent les enfants et ce qu'il faut aux enfants.
De l'échec de l'école qui produit des universitaires analphabètes au manque de vaccins pour prémunir les bambins des maladies, en passant par le désert culturel qui les enfonce dans l'oisiveté, les enfants semblent être tout sauf l'avenir du pays. Et quand les aspects les plus vitaux pour les enfants sont négligés, peut-on attendre un miracle dans un secteur sacrifié pendant plus d'une décennie ' La culture au profit des enfants n'est pas encore une priorité pour les responsables au niveau national, mais aussi dans toutes les wilayas du pays, y compris Tizi Ouzou.
Cette wilaya n'est effectivement pas épargnée par ce phénomène qui donne un sacré coup à l'avenir de la culture en Algérie. L'école ayant démissionné de ce rôle depuis des lustres, les autres acteurs de la société n'ont pas été capables de pallier à cette défaillance. Les parents et les associations culturelles et sociales n'ont pas assez de moyens pour prendre en charge cet aspect du développement de l'enfant. Et quand ils ont les moyens, ils ne les utilisent pas toujours à bon escient, préférant toujours le côté festif et récréatif de l'activité culturelle au détriment du côté pédagogique et cognitif. S'il faut saluer quelques petites tentatives menées par certains acteurs associatifs dans quelques villages de la wilaya, elles demeurent insuffisantes et loin de se maintenir dans la durée, au grand dam d'enfants qui excellent déjà dans certaines activités culturelles et artistiques.
Il faut dire que cette situation peut trouver des explications parfois objectives. Les parents ne semblent pas emballés par l'idée de mettre leurs enfants sur les rails culturels et artistiques. Dans un pays où l'artiste finit pauvre, seul et dans l'ingratitude générale, ce n'est pas chose aisée pour des parents de lancer leurs enfants dans des «carrières» incertaines. La création récente d'un conseil national des arts et des lettres, chargé notamment de l'élaboration du fichier national des artistes et de la carte professionnelle de l'artiste, pourrait peut-être changer la donne dans la mesure où cette instance, présidée par l'écrivain et chercheur en musique, Abdelkader Bendamèche, pourrait rendre plus lisible la vie des artistes, et rassurer de ce fait les parents d'enfants montrant des aptitudes culturelles et artistiques à même d'en faire des stars ou des hommes de culture.
Il reste donc les pouvoirs publics, les seuls à avoir les moyens d'activer et, à Tizi Ouzou, le manque d'infrastructures culturelles continue d'empêcher un plus grand nombre d'enfants de bénéficier des activités. L'on continue à s'appuyer sur la Maison de la culture Mouloud-Mammeri de la ville et, depuis peu, le Théâtre régional Kateb-Yacine, en attendant la mise en service du centre culturel d'Azazga, baptisé récemment annexe de la Maison de la culture. Mais ce qui anesthésie le mouvement associatif et l'activité en général, c'est cette omniprésence de l'Etat dans l'activité culturelle, alors que l'idéal dans un tel secteur serait de libérer le champ au profit des acteurs culturels et associatifs dans l'objectif d'encourager la naissance d'une dynamique culturelle réelle qui encouragera les parents à croire en des carrières artistiques et culturelles pour leurs enfants. Cela bien entendu, en attendant que l'école se réapproprie ses obligations culturelles vis-à-vis des écoliers pour que la culture ne reste pas un privilège pour les familles riches mais un secteur pour tous les bambins de la wilaya et du pays.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M B
Source : www.latribune-online.com