- La machine économique de la zone euro semble vrombir à nouveau si l'on se réfère aux dernières données diffusées par l'organisme de statistiques de l'Union européenne Eurostat. D'après vous, peut-on s'attendre, à court et à moyen termes, à une réelle reprise économique dans la zone euro, contrairement aux récentes projections pessimistes du FMI '
Justement, face au pessimisme du FMI, qui ne peut en réalité qu'aggraver la crise économique de la zone euro, une telle annonce ' au-delà de l'amélioration rapide des fondamentaux de l'économie de la zone comme la dette publique intérieure, la dette extérieure et la compétitivité ' pourrait produire à court terme des effets positifs susceptibles de redémarrer progressivement la machine économique de la zone. La panique et les mouvements collectifs de peur ont aggravé la crise et désorienté les politiques économiques, surtout que les marchés financiers ont acquis un pouvoir disproportionné depuis la crise de la dette, en envoyant des signaux erronés sur les écarts des taux d'intérêt (une bulle qui les emporte loin des sous-jacents).
Les marchés financiers ont exercé une influence sur les décideurs politiques et économiques de la Commission européenne en les amenant à adopter des mesures d'austérité draconiennes qui n'ont fait qu'engendrer une crise économique et sociale grave. En effet, il y a lieu de souligner que la timide reprise annoncée par Eurostat, soit 0,3% pour le deuxième trimestre 2013, a été, selon des spécialistes, le fruit de la décision de la BCE, en 2012, de s'engager à soutenir de façon illimitée les marchés des obligations d'Etat en jouant désormais le rôle de prêteur de dernier ressort, rôle qui a été joué par le FMI, lors de la crise financière asiatique de 1997. Cette décision a fait baisser les écarts de taux entre les pays de la zone euro et redonné confiance aux détenteurs de capitaux et aux opérateurs économiques, surtout en écartant les craintes existentielles liées à un effondrement de la zone euro. Il est important de souligner que même le FMI a reconnu que les pays ayant appliqué des politiques d'austérité ont enregistré les plus fortes baisses de leur PIB.
- Etant donné que l'UE est son premier partenaire commercial, quelle serait l'incidence sur l'Algérie d'une reprise économique dans la zone euro '
Une reprise économique dans l'Union européenne et la zone euro en particulier haussera sans aucun doute le niveau des échanges commerciaux. L'UE est le premier partenaire de l'Algérie avec presque 61% des échanges commerciaux effectués durant le premier semestre 2013. Mais les pays de l'UE doivent améliorer leurs facteurs de compétitivité car les pays émergents, notamment la Chine qui a presque le même niveau d'échanges que la France, ont augmenté leurs parts de marché dans les produits manufacturés.
Outre l'éventuelle hausse des échanges commerciaux entre l'Algérie et l'UE, les Européens s'adonnent depuis quelques mois à une quête de marchés en Algérie.
- D'après vous, cette quête est-elle conjoncturelle, et donc liée à la crise dans la zone euro, ou bien le marché algérien serait-il devenu attractif subito presto '
Il ne faut pas perdre de vue que l'Algérie est considérée comme un marché de proximité de l'UE et que les avantages gagnés dans le cadre de l'Accord d'association ont constitué une véritable bouffée d'oxygène pour les entreprises européennes. Les espoirs de sortie de crise portaient, dès son début, sur des exportations dynamiques, mais bien entendu pas vers des pays qui connaissent la récession comme les USA et, à un degré moindre, la Chine ; il ne fallait pas s'orienter vers les grands marchés concurrentiels disposant d'une forte compétitivité, d'autant plus que l'euro fort a pénalisé la compétitivité des entreprises européennes à cause de la politique de dévaluation successive des autres devises comme le dollar et le yuan. L'Europe s'est dirigée, donc, vers les petits ruisseaux et les pays exportateurs de pétrole, notamment les pays du Golfe. La crise a même décomplexé les relations économiques de certains membres de la zone euro avec des pays considérés un temps comme indésirables. La quête de nouveaux marchés doit être dynamique et permanente car l'atténuation du chômage, qui touche environ 26 millions de personnes en Europe, exige une dynamique économique compétitive, capable de capter des débouchés et de s'imposer dans un monde désormais multipolaire.
- Les exportations algériennes d'hydrocarbures subissent, depuis fin 2012, les pires effets de la crise de la zone euro et les contrecoups de l'essor du pétrole et du gaz de schiste aux USA. Comment voyez-vous la situation économique du pays à court et moyen termes '
En ce que concerne la capacité de production, je pense qu'en dépit du déclin de la production des anciens gisements, ce qui est tout à fait normal après plus de 50 ans d'exploitation pour certains, les nouvelles découvertes réalisées ces dernières années permettront, à court terme, un rattrapage considérable du niveau de la production initial et même reconstituer des réserves. Le niveau moyen d'extraction mensuel du premier semestre 2013 avoisine les 1,2 million de barils/jour et les prix du Sahara blend subissent une marge de fluctuation modérée, relativement aux krachs déjà connus dans ce marché ; le mois dernier, le pétrole algérien a gagné 5,49 dollars par rapport à juin, passant en moyenne de 102,07 dollars le baril en juin à 107,56 dollars, selon l'OPEP. C'est une marge de fluctuation inférieure à 10%. En effet, l'Algérie a souvent préservé sa part du marché en exportant en moyenne environs 70 milliards de dollars d'hydrocarbures par an. C'est déjà énorme.
L'Algérie a intérêt à se préparer à revoir les exportations d'hydrocarbures à la baisse et reconstituer des réserves, car l'offre de cette énergie non renouvelable sera rattrapée à moyen terme par une demande nationale importante (augmentation du parc automobile qui avoisine déjà les 5 millions de véhicules, besoins de réindustrialisation de l'économie).
De toute façon, en l'absence d'une politique économique claire et efficace, dont les acquis du pétrole n'ont profité ni à l'agriculture ni à l'industrie, il vaut mieux le garder dans le sous-sol et ne pas compromettre la part des générations futures que de le monétiser au profit des importateurs de biens de consommation spéculatifs. La dépense budgétaire expansive, équilibrée par un prix du baril d'environ 120 dollars, engendrera sans aucun doute des effets dramatiques à très court terme. Surtout que l'Agence internationale de l'énergie prévoit, dans les prochaines années, une hausse de 30% de l'offre américaine de pétrole avec 11,9 millions de barils par jour, grâce notamment l'augmentation de la production de gaz de schiste. De plus, la montée de la production en Amérique du Nord et l'apparition de nouveaux producteurs en Afrique subsaharienne ne feront que tirer à la baisse les prix du pétrole.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Ali Titouche
Source : www.elwatan.com