Tizi-Ouzou

"L'impasse actuelle n'est ni accidentelle ni fortuite"



"La gouvernance politique actuelle enfonce le pays dans cette crise plus qu'elle ne l'en éloigne".S'exprimant lors d'un meeting, avant-hier, jeudi, à la Maison de la culture de Tizi Ouzou, le président de Talaie El-Houriat, Ali Benflis, a décrit l'Algérie comme "un pays qui n'est plus géré, qui ne dispose plus d'une vision quant à son avenir et qui est dépourvu d'un projet national inclusif et rassembleur".Pour l'ancien chef de gouvernement, "notre pays est dans une impasse politique totale et est confronté à une crise économique d'une exceptionnelle gravité" qui, dit-il, bien qu'il y ait eu un retournement brutal de la conjoncture énergétique mondiale, "n'exonère en rien le régime politique en place de sa responsabilité directe dans cette situation". La grave crise actuelle n'a fait, a-t-il considéré, que prendre au dépourvu une gouvernance "imprévoyante et désinvolte" qui ne sait absolument pas quoi entreprendre pour mobiliser le peuple et l'amener à la surmonter. "La gouvernance politique actuelle enfonce le pays dans cette crise plus qu'elle ne l'en éloigne", a-t-il déclaré.Pour étayer son constat, l'orateur puisera ses arguments dans les successives réponses que le régime tente d'apporter à la crise économique. "Le régime politique en place a longtemps cru que la crise énergétique était un orage d'été et qu'il suffisait de se mettre à couvert et le laisser passer. Il a cru se trouver des abris, d'abord dans le Fonds de régulation qui est dans sa phase finale d'épuisement sans résorber la crise, puis dans les réserves de change qui ont déjà fondu de 70 milliards de dollars et qui sont sur la voie d'assèchement, puis encore à travers ce qu'il a, pudiquement, appelé la mise en conformité fiscale qui n'est en réalité qu'une amnistie qui n'avait pour autre but que le recyclage ou le blanchiment de l'argent acquis de manière douteuse et, en quatrième lieu, dans l'emprunt national dont le refus d'annoncer ses résultats n'est qu'un signal d'échec", a résumé Ali Benflis ajoutant qu'après ces échecs, le régime qui n'a pas perdu espoir a cru trouver dans le matraquage fiscal ininterrompu la recette miracle qui lui permettrait de tenir jusqu'à la prochaine remontée des cours du pétrole en laquelle il met tous ses espoirs. "Je vous le dis avec une très forte conviction : ce matraquage fiscal discriminatoire est économiquement peu productif ; politiquement erroné, socialement injuste et moralement injustifiable", a-t-il analysé.Plus grave encore, a jugé Ali Benflis, les pouvoirs publics n'ont pastrouvé mieux que de prendre la lourde décision de faire fondre le budget d'équipement, donc de la construction du pays, en le réduisant de 4 000 à 2 000 milliards de dinars, alors que, a-t-il déploré, "le budget de fonctionnement de l'Etat, qui concerne leur train de vie et leurs privilèges, a été soigneusement prémuni contre les mesures de rigueur et d'austérité que la situation économique actuelle exige".Pour lui, il est évident que les premières victimes de ces politiques publiques dictées par la panique et des calculs de courte vue, soient les classes moyennes et les couches vulnérables que l'on dirige vers la paupérisation. "Il ne faut pas alors s'étonner de la dangereuse montée des tensions sociales", a-t-il averti en appelant à ne pas considérer l'impasse actuelle comme accidentelle ou fortuite. "Elle est le produit d'un système politique dépassé par les mutations de notre société, d'un déni de citoyenneté, d'un Etat et d'institutions qui ont cessé d'être ceux de tous pour ne servir que des intérêts particuliers et pour ne combler de leurs faveurs que ceux qui gravitent dans la périphérie du régime, d'une gouvernance politique dont la légitimité est récusable et récusée et d'un pouvoir qui s'est accommodé du rôle de grand distributeur de la rente tout en privant l'économie nationale des chances de la diversification de la création de richesses, de la politisation de l'acte économique au point de l'ériger en privilège en faveur des alliés et de l'obsession de l'achat de la paix sociale dans la démagogie et le populisme", a-t-il décortiqué.Samir LESLOUS
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