Tizi-Ouzou - A la une

L'exploitation économique du patrimoine attendra longtemps Malgré l'existence de nombreux sites archéologiques dans la wilaya de Tizi Ouzou



L'exploitation économique du patrimoine attendra longtemps                                    Malgré l'existence de nombreux sites archéologiques dans la wilaya de Tizi Ouzou
De notre correspondant à Tizi Ouzou
Malik Boumati
Notre pays a été élu récemment au Comité du patrimoine mondial de l'Unesco. Une position inconfortable d'une part, pour un pays qui n'arrive même pas à sauvegarder son patrimoine ; mais cela peut être une belle aubaine pour ce faire, dans un pays où chaque wilaya dispose d'un énorme patrimoine inexploité ou sous-exploité, et si l'idéologie ne vient pas interférer dans la politique de sauvegarde et de promotion du patrimoine. Dans la wilaya de Tizi Ouzou, des dizaines de sites sont classés ou proposés au classement en tant que patrimoine national. Des sites historiques et même archéologiques qui auraient pu faire le bonheur de la population de la wilaya si les pouvoirs publics ne s'étaient pas embourbés dans des considérations bureaucratiques qui sont, il faut le dire, aux antipodes de l'esprit culturel et patrimonial. Les stèles libyques d'Ifigha (Azazga), les thermes romains d'Ath R'houna (Azeffoun), les villages traditionnels d'Ath El Qaïd (Agouni Gueghran) et Ichikar (Makouda), les bordjs turcs, la maison des Ath Kaci (Tizi Ouzou) ont été découverts et/ou repérés depuis des années mais leur classement tarde encore à venir, et leur exploitation économique reste encore un v'u pieux.L'histoire récente de l'Algérie en général, et de la région en particulier, notamment celle ayant un lien avec la présence française dans notre pays, est également racontée à travers plusieurs sites laissés par l'armée et l'administration coloniales ou créés pour raconter cette histoire à la façon algérienne. Les maisons où ont grandi deux grandes figures de la guerre de libération nationale, en l'occurrence Abane Ramdane et Krim Belkacem, respectivement à Larbaa Nath Iraten et Ath Yahia Moussa et celle de Lalla Fadma N'Soumeur qui a résisté à l'occupation française jusqu'en 1857 (Iferhounen) ont été érigées en musées pour rappeler que la colonisation avait commencé par les armes et ne devait prendre fin que par les armes. Le siège de l'ancienne mairie de Tizi Ouzou, datant de la fin du 19ème siècle et le Fort National (Larbaa Nath Iraten) racontent l'histoire de la présence française. Une présence militaire sanguinaire et civile, synonyme de spoliation du peuple algérien. Mais l'histoire de Tizi Ouzou n'étant pas limitée à la présence française, d'autres sites plusieurs fois centenaires ou même millénaires devraient attirer plus l'attention des responsables, et pas seulement culturels, car la question du patrimoine est directement liée à l'Histoire de l'Algérie, de la Kabylie et de Tizi Ouzou qui ne doit pas relever du secteur de la culture, et elle constitue aussi une question économique si toutefois, un jour, les pouvoirs publics réussissent à promouvoir et à développer ce patrimoine de façon à ce qu'il puisse être exploité économiquement au profit de la wilaya et de tout le pays. Et l'activité touristique est le créneau le mieux indiqué pour une exploitation économique effective du patrimoine, mais son développement dans la wilaya de Tizi Ouzou n'est pas pour demain, puisque aucun projet touristique inscrit au profit de cette wilaya n'a encore vu le jour. Aujourd'hui, avec l'élection de notre pays au Comité du patrimoine mondial de l'Unesco, doit-on s'attendre à une prise en charge plus importante et plus judicieuse de la question du patrimoine en Algérie ' Dans ce cas, l'Algérie gagnerait à multiplier le nombre de spécialistes des fouilles archéologiques, au nombre de deux seulement aujourd'hui, pour que les recherches dans ce secteur ne prennent pas une éternité. L'Algérie devra aussi apprendre à sauvegarder les sites historiques et archéologiques qu'elle découvre, et à ne plus les laisser à l'abandon et à la merci de pilleurs de tous acabits. Elle devra aussi apprendre à séparer les études historiques et archéologiques des questions idéologiques qui empêchent, par exemple, à ce jour, la réhabilitation de l'héroïne nationale Dihia, la reine amazighe qui a résisté à la conquête armée des forces arabes au septième siècle, et de son site de Baghaï dans la wilaya de Khenchela.
Une formation approfondie des archéologues algériens et la liberté d'initiative conduiront inéluctablement à la promotion et au développement du patrimoine algérien en général et à celui de la wilaya de Tizi Ouzou en particulier, avec cette précision que l'Algérie aura les moyens humains, scientifiques et techniques non seulement de découvrir de nouveaux sites mais aussi de les sauvegarder des pillages et autres dégradations. Pour ce qui concerne la wilaya de Tizi Ouzou, l'exploitation économique du patrimoine attendra encore longtemps avant que le tourisme ne devienne une réalité palpable. Si bien entendu, c'est le cas, un jour.
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