Les bandes de kidnappeurs continuent d'imposer leur loi en Kabylie. Un otage libéré et un autre enterré, hier, dans la même localité de la wilaya de Tizi Ouzou. Près de huit ans après l'apparition du phénomène des enlèvements dans la région, la question demeure la même : que fait l'Etat ' Pour l'heure, il est porté disparu. Absent là où la population l'attend. Les autorités paraissent avoir un agenda complètement déconnecté des préoccupations des citoyens. La Gendarmerie nationale communique uniquement les bilans des accidents de la circulation et la police se demande encore s'il faut cesser ou non les tracasseries contre les femmes au volant. Contre les bandes criminelles de kidnappeurs, la population ne doit compter que sur elle-même, sur ses capacités de mobilisation et, en vérité, sur les moyens financiers des familles ciblées par les actes d'enlèvement.
A chaque épisode de cette série noire, le même scénario se répète. Rapt d'un entrepreneur ou de son fils, cellule de crise au village, caravane de solidarité, puis libération de l'otage au bout de quelques jours, dans la majorité des cas. Bien après la remise en liberté des personnes séquestrées, la terreur continue de peser sur les familles qui écartent tout mauvais traitement par les ravisseurs ou paiement de rançon. Les montants des fonds amassés dans ces affaires de kidnapping ne sont révélés que lors des rares procès ayant eu lieu ou les aveux de terroristes repentis. Le blanchiment de cet argent se déroule dans la même impunité que les actes de séquestration. Inaugurés par les terroristes islamistes qui avaient besoin de fonds pour financer leurs «activités», les kidnappings ont très vite attiré les milieux du grand banditisme qui utilisent les mêmes moyens et les mêmes procédés. Les conséquences sur l'économie de la région sont désastreuses. De nombreux chefs d'entreprise ont été contraints à délocaliser leurs unités et les investissements sont stoppés net par l'insécurité qui ne recule pas.
Les engagements des autorités à lutter contre le phénomène des enlèvements n'ont pas connu leur traduction sur le terrain, alors que la sécurité est l'un des secteurs où l'effet d'annonce n'est pas permis. La création d'unités des services de sécurité spécialisées dans la lutte contre les kidnappings et le crime organisé a été annoncée en 2008 par le prédécesseur de Daho Ould Kablia. A ce jour, la persistance et l'impunité des groupes criminels démontrent qu'aucun dispositif efficient n'a été mis en 'uvre pour les éliminer. L'ingéniosité des autorités semble exclusivement investie dans l'entreprise de prévention et de répression des révoltes populaires, comme on l'a vu récemment dans les régions du Sud, où les chômeurs ont été tout bonnement invités à poser leur candidature pour rejoindre les rangs de la police, avec le double objectif d'offrir de l'emploi et de taire les contestations.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com