
Malik BoumatiLa wilaya de Tizi Ouzou était il n'y a pas si longtemps la Mecque del'activité culturelle. Une activité qui mettait en exergue toutes les spécificités culturelles locales. La danse folklorique, le chant, le théâtre, l'artisanat (bijoux, poterie, tapisserie...), la broderie, l'art culinaire...sont autant d'aspects culturels qui font l'identité locale de la région.Dès la fin des années quatre-vingt et suite à «l'ouverture démocratique», les jeunes de la région ont pris à bras le corps la culture locale en s'impliquantmassivement dans des centaines, voire des milliers d'associations culturelles qui activaient dans tous les coins et les recoins de la wilaya. Même si l'action associative était caractérisée plutôt par l'amateurisme de ses jeunes nimateurs, elle avait tout de même le mérite d'exister après près de trente années de fermeture multidimensionnelle imposée par le pouvoir du parti unique. Cela, en l'absence quasi-totale des pouvoirs publics, qui étaient empêtrés dans la gestion de la crise économique et sécuritaire.Malgré la crise multidimensionnelle vécue par l'Algérie durant la décennie quatre-vingt-dix, les animateurs associatifs trouvaient toujours un peu d'aidefinancière auprès des citoyens, qui se débrouillaient toujours pour participer même modestement à la vie culturelle et associative locale.Le public jouait le jeu et assistait en masse aux manifestations malgré la médiocrité des prestations et l'amateurisme des intervenants. Avec l'embellie financière intervenue dès le début des années 2000, le public était en droit d'exiger de meilleures prestations culturelles afin de donner une meilleure image de la culture et l'identité locales, considérant que la poursuite dans la médiocrité mettait en péril l'âme de la culture et l'identité locale représentée par toutes ces disciplines culturelles et artistiques qui foisonnaient à l'époque des vaches maigres. Aujourd'hui, le moins que l'on puisse dire, c'est que si l'identité culturelle locale n'a pas disparu en raison de la qualité discutable de l'action culturelle, elle ne s'est pas retrouvée renforcée et mise en valeur de la meilleure des manières. Elle se trouve quelque peu coincée entre la stagnation de l'action culturelle et la détermination populaire de la sauvegarder. Au moment où les nombreux artisans de la wilaya souffrent de la non- rentabilité de leur activité dont la dimension économique a pris le dessus sur l'aspect culturel, les activités culturelles restent quant à elle limitées à des actions ponctuelles et circonscrites qui n'arrivent toujours pas à créer cette dynamique culturelle indispensable à l'épanouissement de la culture et des arts. Et seule la libération de l'action et de l'initiative pourra un jour mettre fin à cette situation de «suspension» collée à l'identité culturelle locale. A cette situation de «ni guerre ni paix» qui empêche de voir l'avenir proche et lointain de l'action culturelle dans la wilaya. Une libération qui doit être dirigée vers le mouvement associatif, le seul vecteur capable de socialiser la culture et de participer de façon concrète à la sauvegarde et au développement de l'identité culturelle locale de la région. Et pour que cela marche réellement, c'est la politique culturelle des pouvoirs publics qui devra changer et aller s'appuyer sur les associations les plus performantes, car la création culturelle et artistique, fondement de la préservation et pérennisation de tous les héritages culturels, ne peut être l'apanage des institutions de l'Etat mais bien d'un mouvement associatif libéré et rodé non seulement dans l'organisation des activités culturelles mais aussi et surtout dans la pensée et la création.M. B.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : La Tribune
Source : www.latribune-online.com