Tizi-Ouzou - A la une

L'envers du décor



L'envers du décor
Un film, un documentaire, peuvent combler l''il. L'un ou l'autre suscite aussi interrogation, vous pousse davantage à ouvrir l'esprit plus que les yeux. Il en est ainsi du documentaire de Hacene Ait Iftene « Cela coule de source ». Après sa projection, son réalisateur fut très sollicité et les questions fusaient de partout. Il ne s'est pas seulement attardé sur les paysages d'Illiltene menacé par une trainée de boue dévalant de la haute montagne qui coiffe Ait Aissa Ouyahia, un de ses villages lové dans un écrin de verdure. Il a certes voulu restituer surtout la solidarité des habitants qui ont réussi à ramener l'eau dans leurs foyers au terme de travaux dignes de pharaon. Cela n'a rien d'une balade champêtre d'aller capter des sources en haute montagne, de creuser des tranchées sur des kilomètres de terre rocheuse, de transporter d'immenses tuyaux et d'assurer une distribution du précieux liquide à faire pâlir d'envie la Sonade. Les visages, les paroles des femmes et hommes pudiques disent à la fois la peine, la joie d'avoir dompté la nature et comblé la défaillance d'autorités absentes dans ces contrées. Le travail qui s'apparente davantage à un reportage de télé peut déplaire aux puristes. Ils ont bien des choses à dire sur l'image, le son, les découpages. Ce travail a permis pourtant de montrer le double visage de la petite commune et au-delà de la Kabylie. Cette région à forte densité où les décharges pourrissent à ciel ouvert. La formidable leçon de civisme des habitants peut en effet cacher des réalités moins réjouissantes. Un grand chanteur l'avait déjà dit bien avant. « Les montagnes sont belles, par ma tête, elles sont belles comme la faim qui fleurit sur les rochers ». Les oueds de la Kabylie sont de plus en plus pollués et nul ne peut s'abreuver sans risque dans certaines fontaines à l'eau cristalline. Les jeunes ne connaissent plus les plaisirs d'une baignade dans les mares où, jadis, on grattait sur les fils de sa première guitare. Un péril de grande ampleur menacerait même le fameux barrage de Taksebt. Le festival libère la parole, fait partager les émotions et les inquiétudes. Lors du débat qui a suivi la projection, on s'est mis à se regarder autrement. C'est aussi le rôle des cinéastes de mettre le doigt sur la plaie, de ne pas se contenter de nous livrer de simples cartes postales. Ils dévoilent aussi les réalités amères, nous somment de réfléchir. Elle était belle la maison de la culture de Tizi-Ouzou qui retrouve enfin l'espace de ces journées sa véritable vocation. Ici Sembene Ousmane, Benaissa, Med Hondo, Youcef Chahine ont un jour écouté, échangé avec le public. Leur ombre planait sur les lieux. Mieux que d'arracher tel ou tel récompense, ces retrouvailles autour d'un film qui nous permet de se voir, de s'écouter, n'ont pas de prix.
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