Tizi-Ouzou - A la une

L'Eniem n'incarne pas l'échec, Monsieur Aït Ali !



En déclarant récemment que l'Eniem de Tizi-Ouzou a coûté des milliards au Trésor public « pour rien », le ministre de l'Industrie devait certainement savoir que son propos n'allait pas lui faire beaucoup d'amis. Il est originaire de la région et connaît donc parfaitement ce que cette entreprise a apporté à la communauté locale au triple plan économique, social et symbolique par la force des choses. Mais Monsieur Ferhat Aït Ali ne savait pas tout cela parce qu'il est seulement issu du coin. Il n'est peut-être pas brillant au plan politique et managérial mais il est suffisamment roublard pour deviner qu'il allait subir des feux nourris qui, a bien... calculer, pouvait plus lui en rapporter que lui en coûter. Après tout, la fermeture de cette entreprise n'est pas du tout envisageable pour le moment et pas seulement pour des raisons d'économie pure mais ceci est une autre histoire. L'histoire du moment pour M. Aït Ali est de marquer les esprits en faisant d'une pierre deux coups : revendiquer cette « certitude » économique qui consiste à dire que toutes les entreprises publiques, celles de l'industrie plus que les autres, ne survivent que grâce à l'intraveineuse financière de l'Etat. Plus que ça, elles seraient beaucoup plus chères que ce qu'elles génèrent comme retombées sociales et comme ce qu'elles produisent comme richesse. Il n'est pas brillant mais il sait quand même qu'il y a beaucoup de vrai dans le constat, certitude ou pas. En fait, le ministre de l'Industrie dit ce que beaucoup disent depuis longtemps. La différence est que lui tient en l'Eniem d'Oued Aïssi son « illustration parfaite ». Second coup de la pierre, il est sûr d'être dans le courage politique rare. En y allant « franco », là où les choses sont plus sensibles qu'ailleurs en la matière, il était carrément dans l'attente du gros lot ! Parce que Oued Aïssi compte dans les environs. Elle compte d'abord parce que le volume de l'investissement public dans la région est si rachitique que c'est quasiment l'unique qui vient à l'esprit au moment d'en parler. Et cette maigreur est telle qu'on a été obligé de faire dans... l'équilibre régional à l'échelle locale pour faire en sorte que tous les coins de la wilaya aient leur « quota » dans le recrutement du personnel. A tel point qu'il n'y a quasiment pas une famille qui n'est pas « représentée » dans les ateliers de « l'Usine ». Il y a ensuite ce que cette entreprise a mis sur le marché local comme produits. Elle a carrément et opportunément accompagné la mutation et les promotions sociales de la fin des années 70, elle a été liée à la JSK dont la vocation dépassait le foot et elle a couvé l'essentiel des luttes syndicales qui étaient au c?ur du combat politique et culturel des années 80. Et au-delà de toutes ces considérations, l'Eniem est peut-être l'une des rares industries nationales qui ont montré que les « certitudes » peuvent être bousculées, que la perfusion n'est pas une fatalité, qu'avec l'imagination et l'audace au pouvoir local, cet espace peut durer. Contrairement à ce que veut en faire M. Aït Ali, l'Eniem, y compris en restant dans la nouvelle « orthodoxie » économique, ce n'est pas le parfait exemple de l'échec.S. L.
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