Tizi-Ouzou - A la une

"L'écriture romanesque se porte bien en Algérie"



Rencontré au Sila, dans le stand des Editions El Amel, où il préparait sa séance de vente-dédicace, l'écrivain Saïd Seddik-Khodja, originaire de Larbâa Nath Irathen, dans la wilaya de Tizi Ouzou, nous a accordé cet entretien où il parle de son nouveau roman, La graine du hasard, paru cette semaine.L'Expression: Votre nouveau roman marque en quelque sorte une rupture avec le précédent. Dans votre avant-dernier livre, des indices montrent qu'il s'agirait d'événements que vous auriez pu vivre directement durant votre parcours de journaliste. Ce qui semble ne pas être le cas de ce nouveau roman qui a l'air de donner la part du lion à votre imaginaire fertile...Saïd Seddik-Khodja: J'écris sans me poser trop de questions, sans vouloir me donner un genre. J'apprends toujours en utilisant souvent mes outils. L'histoire du roman: La dame au parfum des Genêts paru en 2013, se voulait un hommage rendu aux journalistes d'investigation, notamment les correspondants locaux qui trouvent d'énormes difficultés à mener leurs missions comme elles devraient être. La graine du hasard est basé aussi sur des éléments journalistiques. C'est un bonheur de le retrouver encore au Sila, ce qui donne aussi l'envie de jamais plus se prendre au sérieux soi-même. L'envie d'apprendre tous les jours, car un auteur comme moi a toujours conscience que son travail est bourré d'erreurs, mais que de produit en produit j'apprends. Mon imagination que vous jugez «fertile» je la partage avec la journaliste Salima Tlemçani du journal El Watan que je remercie ici du fond du coeur. Elle m'a ouvert une brèche à travers ses articles courageux - non démentis à ce jour - sur le trafic de drogue à une très grande échelle. Cette fertilité est donc partagée. C'est à travers la lecture de ses enquêtes que le relief s'est dessiné. J'ai eu, dans un premier temps, l'idée de l'annonce pour faire un roman, une histoire, créer des personnages. Je sais que c'est quelque chose d'intéressant, de difficile, voire de dangereux qui fait peur à tout le monde: le trafic de drogue au plus haut niveau. Cette espèce de suspense, si j'ose dire, sur la tête des personnages, inventés pour la véracité des faits m'a encouragé et fasciné, mais en même temps perturbé. Je voulais que tous mes personnages vivent dans une espèce d'urgence et que celle-ci relève des choses chez eux. L'idée d'introduire une petite fille de sept ans, née de père inconnu, a donné un contexte émouvant et tragique à l'histoire. Aller jusqu'à impliquer une innocente dans un trafic de drogue et de surcroît venant de la mère relève de la démence et plus qu'un crime...Avec le recul de la lecture, comment voyez-vous l'avenir du livre'Je suis pessimiste sur l'avenir de la lecture en Algérie.La lecture sérieuse, intelligente est une activité qui ne cesse de reculer. Face à l'écran et à son pouvoir hypnotique, la lecture de romans est un art désormais agonisant. La forme romanesque, comme vecteur d'informations sur notre pays et sur le monde après, et l'expérience humaine éducative est devenue obsolète. Cela ne me rend pas triste - c'est dommage, mais c'est ainsi. Paradoxalement, l'écriture romanesque, elle, va très bien. Depuis la décennie noire, le roman est en très grande forme. Tandis que le lectorat se rétrécit. Les auteurs et écrivains ne gagnent presque rien, ils sont réduits à une peau de chagrin... mais ils continuent à écrire. On n'écrit pas forcément pour toucher un certain nombre de lecteurs. Quand on écrit, le lecteur le plus important, celui qui compte, c'est soi-même. Cette citation d'Aurélien Scholl - 1833-1902 illustre parfaitement la situation littéraire dans laquelle on évolue: «On va, on admire, on aime, on se laisse vivre; puis un jour vient où l'on s'aperçoit que rien n'est changé - que soi-même.»Vous êtes resté fidèle à votre éditeur après trois livres publiés. N'avez- vous pas donc le genre de problème face aux éditeurs dont parlent souvent les écrivains'Au risque de vous décevoir, je ne peux pas parler pour les autres romanciers. S'agissant de «fidélité», il y a eu toujours cette confiance mutuelle entre moi et mon éditeur.Avez-vous toujours une histoire en tête pour écrire un autre livre'J'aimerai bien, mais non. Je viens de terminer un livre et je dois trouver le moyen d'entamer un autre.Il arrive un moment où l'écrivain se juge lui-même avec une lucidité plus grande que dans ce qu'il fait, et s'il n'a pas cessé de se développer, il devient supérieur à son oeuvre. L'obsession des choses humaines y est pour beaucoup. Il y aurait beaucoup à dire sur ce point.L'écrivain qui est devenu la proie de cette pensée éprouve souvent de la peine, voire beaucoup de peine à voir la nécessité de ce qu'il écrit, et cependant il est nécessaire qu'il écrive; même si son livre n'est rien, ce livre doit être écrit et, paradoxalement, ce rien doit exister, car l'écrivain n'est créé que pour créer lui-même.Ce serait même un très grand péché que de ne pas écrire.Que conseilleriez-vous à vos lecteurs rêvant de devenir un jour écrivains'Je dirais à ceux qui veulent s'y mettre de déjà lire avant d'écrire; de ne pas penser à être publié en se mettant à l'ouvrage, mais d'abord et avant tout à prendre du plaisir à écrire, à y trouver cette liberté magique que ni le paraître ni la reconnaissance ne doit aliéner, car l'écriture représente une légèreté, un bonheur...
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