Tizi-Ouzou - A la une

L'adieu magistral au maestro



L'adieu magistral au maestro
En marge des obsèques de Cherif Khedam, notre reporter a recueilli quelques impressions.
Boudjeli Tahar, manager et producteur de l'artiste : «Cherif Khedam était un artiste hors du commun qui a hissé la chanson kabyle à l'universalité. Il a fait un travail monumental sans se mettre en avant. L'humilité était sa plus grande qualité. Il a toujours respecté ses engagements».
Si Tayeb Khedam, parent du défunt : «Je remercie tout d'abord votre quotidien qui est de tous les événements du peuple. Cherif a étudié le solfège au moment où d'autres ouvriers de sa condition s'échinaient à la tâche. Ce n'était pas facile pour lui. Mais au bout, il y a eu cette reconnaissance universelle pour ses œuvres. La première chanson Ayeliss T'murthiwétait dédiée à la femme kabyle gardienne des traditions dans une sorte de tableau expressif d'un combat pour la survie de la culture kabyle et à travers Syismim Ajurjura, composée au lendemain de l'opération Jumelles, il louait les vertus de cette montagne qui s'est dressée en rempart contre le colonialisme. Cherif avait ouvert les portes de la radio aux artistes mzabs, targuis et chenouis et aidé les jeunes chanteurs.»
Hcen Abbassi, chanteur et disciple du défunt : «J'ai beaucoup travaillé avec lui dans les années 1960-1970. Cherif Khedam était un homme d'une grande valeur. Exemplaire dans tous les domaines, Il a beaucoup apporté à la chanson kabyle. Nous avons beaucoup appris de son intransigeance et de sa rigueur. Irremplaçable, il nous a légué un trésor inestimable.»
Abderrahmane Bouguermouh, cinéaste : «Cherif Khedam était un homme extraordinaire ayant vécu une vie exemplaire. Il était ce qu'on avait de meilleur au point de vue musique. La preuve, tout ce monde qui a afflué de partout pour se recueillir sur sa dépouille. Ce n'est que lorsqu'il a universalisé la chanson kabyle que les autres chanteurs ont alors commencé à apporter des touches de modernisme à leur musique. Pour le reste, on ne peut pas étaler sa vie. C'est notre jardin secret et il part avec».
Abdelkader Bendaâmache auteur et interprète : «Je ressens beaucoup d'émotion aujourd'hui. Avec tout ce monde qui vient de partout pour rendre un ultime hommage au défunt, cela prouve que l'artiste est l'élu du peuple.»
Brahim Tayeb, chanteur : «Je ne trouve pas de mots pour qualifier sa disparition. C'était un monument de la musique et un rassembleur. Ses œuvres resteront car elles transcendent le temps et l'espace. »
Mohamed Hamouche, parent du défunt : «Cherif Khedam abhorrait la médiocrité.»
Dr Amine Zaoui, écrivain : «Toute l'Algérie est présente dans ces milliers de visiteurs venus des quatre coins de Kabylie et d'Algérie dans une rencontre avec cette légende de la musique ouverte sur l'universalité qui était toujours aux côtés des jeunes. C'est aussi l'hommage de tout le pays à l'icône de la chanson algérienne authentique. Acôté de Mammeri, Feraoun, Dib et Djaout, il demeure aussi un symbole éternel.»
Impressions recueillies par S. Hammoum
COULISSES ET FAITS SAILLANTS
60 000 admirateurs, selon une source policière
Selon la police, le raz-de-marée humain qui a déferlé sur le petit village de Boumessaoud s'explique par le fait que le nombre de pèlerins ayant afflué des quatre coins de Kabylie et d'Algérie était estimé à 60 000 visiteurs.
10 km de marche à pied pour Amine Zaoui
Tout comme les milliers de personnes arrivées après 11h, Amine Zaoui et Abdou du Bastion 23 ont été contraints de recourir à une balade à pied de près de 10 km en aller-retour suite à l'énorme embouteillage qui s'est formé autour de la ceinture des Ath-Itsoura.
Madjid Sidi Saïd conspué par la foule
Le SG de l'UGTA, Madjid Sidi Saïd, enfant de la région, en a vu de toutes les couleurs. Il a essuyé les huées de la foule, des jeunes.
Kamal Hamadi, un artiste très sollicité
De tous les nombreux artistes de Kabylie toutes générations et arts confondus entourés par la foule, le plus sollicité était incontestablement Kamal Hamadi. Des foules d'admirateurs des deux sexes l'ont littéralement happé qui pour une photo souvenir, qui pour un autographe. Les organisateurs ont dû le conduire dans une maison pour le soustraire à ses fans surexcités.
Le wali n'a pas pu voir la dépouille mortelle
Le wali de Tizi-Ouzou, tout comme des milliers de visiteurs, n'a pas pu voir la dépouille mortelle de Cherif Khedam. L'organisation, impeccable au départ, n'a rien pu faire face au raz-de-marée humain qui a déferlé sur le petit siège associatif qui porte le nom du défunt et où était entreposée sa dépouille.
S. H.
Les petits mots de Cherif Khedam
En escaladant les routes tortueuses menant à son village natal par le col de Chellata avec son compagnon Hamouche Mohamed, Cherif Khedam se lâchait pour y aller de son verbe du cœur. «On va quitter le béton pour dialoguer avec la nature.» «Comme c'est beau d'entendre la symphonie du silence !» «Avant de chanter pour les autres, je chante d'abord pour moi.» «Quand je compose, j'entre en communion avec la musique et ce n'est plus alors moi qui compose, mais mon esprit.»
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