Intervenant, hier, à l'occasion d'un colloque organisé par l'association Tawacult tagrawlit de Tizi Ouzou sur le thème "Rétrospective et perspectives du mouvement culturel berbère", l'ancien membre de l'Académie berbère, Hebib Youcef, est revenu sur le rôle de cette structure, dont on ne parle pas beaucoup, dans la sensibilisation autour de la question de l'identité amazighe."L'Académie berbère, que l'on appelait Agraw Imazighen, a été, depuis sa création, dans le milieu des années 60, et durant les années 70, d'un apport important dans ce qui devait être ensuite le Printemps berbère d'Avril 80. Elle a été pour beaucoup dans l'élaboration des outils académiques, dans la conscientisation des esprits et la lutte contre la ségrégation identitaire", a souligné Hebib Youcef, précisant que ce rôle ne s'est pas limité à la communauté d'émigrés en France, mais aussi en Algérie, par le biais, a-t-il raconté, "du bulletin amazigh envoyé périodiquement à la poste d'Alger d'où deux postiers kabyles se chargeaient de le faire parvenir dans les milieux militants, parfois feuille par feuille, avant qu'il ne soit reconstitué par la suite".
Poursuivant son témoignage, Hebib Youcef explique qu'en plus des cours de tamazight qu'elle assurait, l'Académie berbère a été à l'origine de l'élaboration du lexique et de la grammaire en tamazight, de l'adoption du caractère tifinagh, de la réhabilitation du calendrier berbère avec les travaux d'Amar Negadi, ainsi que de l'invention de deux ou trois caractères en tamazight. "Le drapeau berbère est également né dans ce milieu, mais il n'a pas été rendu public tout de suite pour des raisons de sécurité. La première fois où il a été déployé, c'est aux obsèques d'Ali Mecili au cimetière du Père-Lachaise, à Paris", a-t-il encore témoigné, avant de souligner encore que c'est grâce à Belkacem Idjekouane, membre de l'Académie berbère, que la chaire berbère de Vincennes a existé et continue encore aujourd'hui d'exister sous une autre forme à Paris 8.
Abordant les événements du Printemps berbère en avril 80, Hebib Youcef a expliqué qu'un rassemblement devant l'ambassade d'Algérie à Paris devait être organisé le 25 avril, une action initialement autorisée, mais, a-t-il ajouté, qui a fini par être interdite la veille à 19h30. Le lendemain, a-t-il détaillé, tout en se référant au journal Le Monde, 500 militants ont été arrêtés et conduits au centre de tri de Vincennes, soit la même structure où ont été conduits les manifestants algériens après les manifestations de décembre 1961. "Les membres de l'Amicale des Algériens en Europe, qui jouaient le rôle de véritable police politique, ont été ensuite placés dans chaque café, chaque restaurant appartenant aux Kabyles, pour surveiller les discussions des militants", a-t-il expliqué.
Samir LESLOUS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Leslous
Source : www.liberte-algerie.com