Tizi-Ouzou - A la une

Kahina et Nacera, deux femmes dans Tajmait



L'Histoire retiendra certainement leurs noms. Mesdames Nacera Hadouche, avocate au barreau de Tizi Ouzou, et Kahina Kaci Ouali, enseignante à l'université Mouloud-Mammeri, viennent certainement de faire une entrée spectaculaire ? au sens le plus noble du terme ? dans la Djemaâ, un bunker qu'on pensait inaccessible aux femmes pour l'éternité. Bien évidemment, il y a le « contexte » et le fait lui-même qui en ont fait un événement. Alors que la Kabylie se remet de l'horreur pour s'installer avec beaucoup de courage et de?détermination dans une convalescence active et réparatrice, ces deux femmes intègrent le comité de village de leur localité, Azrou-Koulal, dans la municipalité de Aïn-el-Hammam en l'occurrence. Dans la foulée de cet événement ? c'en est vraiment un ?, il y a beaucoup de choses qui se bousculent pour vous venir en tête. On retiendra l'essentiel, cependant. D'abord qu'on ne l'attendait pas si tôt. Il y a les tenaces résistances du conservatisme traditionnel qui déterminent encore dans une large mesure le modèle organique et fonctionnel de ces structures. Il y a aussi une certaine forme de résignation intra-muros des plus éclairées, dont on pouvait logiquement attendre qu'ils agissent pour bousculer les choses. Il arrive qu'en envisageant la participation des femmes dans Tajmait, en invitant seulement à en parler, les répliques les plus sèches ne viennent pas de là où on les attendait. Il faut dire également que les initiatives du genre ne sont pas légion. Elles relèvent même du... délire !Il y a, enfin, l'intrusion, relativement récente, des islamistes. Le moins que l'on puisse dire est que beaucoup de choses leur étaient favorables. Souvent, ils ne pouvaient espérer meilleures conditions. En la matière, l'exclusion des femmes en constitue sans doute l'élément majeur dans le programme d'action, dans le discours et dans la symbolique de ce que peut incarner une structure ancestrale souvent présentée, à tort ou à raison, comme un « micro-pouvoir », gestionnaire et décideur de tout ce qui a trait à la vie locale. Il faudra bien que quelqu'un nous explique d'ailleurs pourquoi il y a autant de torpeur pour venir à bout d'un insupportable anachronisme dans une région qui a vaincu bien des pesanteurs, quoi qu'on dise de l'épaisseur de ses atavismes. Alors, on revient à cette autre « certitude » qui prétend que c'est face au danger, dos au mur, que la Kabylie s'est toujours accomplie ' Un peu facile. La conjoncture tragique peut avoir aidé, voire précipité par bonheur l'entrée de ces deux femmes dans leur comité de village. Pour autant, elle ne saurait en être déterminante. C'est sans doute ce qui confère à l'arrivée de Mesdames Hadouche et Kaci Ouali un fait de circonstance mais une promesse de construction. Qu'il s'exprime d'abord par l'effet boule de neige.
S. L.
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