L'une des premières histoires d'Ali, qui nous marqua le plus, se rapporte à sa démission brutale du poste de premier wali de Tizi Ouzou, préfet à l'époque, très peu de temps après sa nomination. Il était effrayé, inquiet, angoissé d'observer cette multitude de citoyens qui prenaient d'assaut tous les matins la «préfecture», alors que l'indépendance était à peine acquise. Un beau jour, notre ami Ali demanda au planton de lui céder sa place pour essayer de comprendre les siens. Derrière la petite table, notre wali recevait les démunis, révoltés, excédés, à bout de nerfs, tant ils manquaient de tout. Ce qui devait arriver arriva, le jour où un vieil homme au visage dur et marqué, lui répondit tout simplement, lorsqu'Ali lui demanda l'objet de sa visite : «si je suis descendu de la montagne ce matin, c'est pour voir un wali et non un planton».
Ali avait beau répéter qu'il était le vrai wali, notre montagnard ne voulait rien savoir et insistait pour être reçu par le chef. Ali, silencieux et calme, se leva tout simplement, se dirigea vers son bureau pour rédiger sa démission. Cette malheureuse expérience le mena à sa grande réflexion qui l'obsédait depuis : pour aboutir à des résultats conséquents et positifs dans notre pays, il faut s'investir dans la jeunesse et la culture de façon sérieuse. Et c'est depuis qu'Ali ne joue plus les sérieux mais par contre, prend tout au sérieux. Pour notre part, nous sommes quelque peu attristés et peinés de constater que le comportement de Da Ali, comportement digne et responsable, n'a pas servi d'exemple à nos nombreux, trop nombreux responsables incompétents et inutiles qui ne savent point ce que démissionner veut dire. Un autre moment fort se rapporte au déplacement d'un ex-ambassadeur de France en Kabylie, chez Da Ali.
Cet ambassadeur avait appris, à l'occasion de la célébration d'un 1er Novembre, l'existence de la fameuse stèle d'Ighil Imoula en hommage à nos combattants pour notre libération. Précisons que ce magnifique monument, beau et austère, a été construit par les habitants du village avec leurs seules mains sans l'aide d'aucune des autorités. M. l'ambassadeur appela notre ami pour lui demander l'autorisation de visiter ce mémorial. Ali accepta bien sûr et l'attendit à l'entrée du village un beau matin en compagnie de tous les autres membres de la djemââ drapés de leur burnous blanc. A son arrivée sur les lieux, Ali l'accueillit en ces mots : «nous sommes heureux et fiers de vous recevoir en ce lieu chargé d'histoire, M. l'ambassadeur, et ce, d'autant plus que vous êtes le premier Français en civil à mettre les pieds chez nous.»
Quelques jours plus tard, Ali débarqua à la maison, tiré à quatre épingles, chemise blanche sans cravate bien sûr, les moustaches soigneusement taillées, pour nous raconter la visite et demander notre avis sur sa fameuse phrase. A notre tour, fiers et émerveillés, nous n'eûmes qu'un seul réflexe, l'approuver et le féliciter. Un peu plus tranquille et serein, persuadé qu'il n'a été ni prétentieux ni arrogant, c'est dans son ambulance, appelée Tagmats, qu'il se rendit à l'ambassade pour un dîner. A son retour, il nous demanda de l'écouter encore un instant car, nous dit-il, l'histoire n'est pas finie, comme c'est toujours le cas entre l'Algérie et la France.
Après un accueil chaleureux et même amical, un bon repas, beaucoup de mots échangés, il fallait passer à la photo souvenir. Ali demanda instinctivement de changer d'emplacement, et c'est alors qu'il se rendit compte que ce qui le gênait n'était autre que l'étendard du pays hôte qui se trouvait derrière son dos. Le vieux renard n'avait perdu aucun de ses instincts et se permit d'ajouter en conclusion : «rien n'était combiné, je vous l'assure». A suivre
Ps : Nous donnons rendez-vous ce jour à 16h30 à la filmathèque Mohamed Zinet, à tous les cinéphiles, les amis de Bouamari, nos lecteurs, nos amis pour une causerie autour de notre dernier livre intitulé L'héritage du charbonnier, consacré à la vie et l uvre du cinéaste Mohamed Bouamari.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Boudjemaâ Karèche
Source : www.elwatan.com