
- On parle beaucoup de crise et de réduction drastique des dépenses publiques. Quel impact faut-il anticiper en matière de développement local avec la dégradation des finances publiques 'La dégradation des finances publiques en Algérie concernera différemment les deux formes existantes de développement local (DL). Si on considère d'abord le développement local par le haut (DPH), c'est-à-dire l'action de l'Etat au niveau local en matière d'équipements, (AEP, santé, éducation?) et d'action sociale (ex : les dispositifs d'aide à la création d'activités comme l'Ansej?), il ne fait pas de doute que l'impact sera douloureux, et les APC, notamment, commencent déjà à subir des baisses drastiques en matière de budgets et d'investissements publics.- Peut-on faire du développement local sans compter exclusivement sur les fonds de l'Etat 'Les fonds de l'Etat déterminent le DL. Sans les innombrables mesures, institutions, financements publics, il ne saurait y avoir de DL. Toutefois, partout dans le monde, des communautés locales ont appris et apprennent à se prendre en charge en période de restrictions financières de l'Etat. Le Maroc voisin, devient un cas exemplaire en la matière : des milliers d'associations et d'ONG, font du DL sans présence directe de l'Etat, mais avec toutefois son soutien politique et administratif.A contrario, les très nombreuses associations opérant en Algérie ont peu investi le DL, malgré l'existence d'outils institutionnels et mêmes financiers. Pour répondre à votre question, oui il est possible de «faire» du DL sans l'Etat, mais il n'est pas sûr que le DL représente un secteur attractif pour notre société civile, nos jeunes, nos femmes, nos associations.- Vous avez conçu le programme «Ayla Tmurt», qui promeut l'action intercommunale pour le développement local et qui est en phase de démarrage. Constitue-t-il une solution fiable et pérenne au problème du développement rural ' Quelles en sont les limites 'Le programme «Ayla Tmurt» est une initiative de l'APW de Tizi Ouzou et d'un spécialiste en DL de l'université de Tizi Ouzou qui ont élaboré et mis en ?uvre une Convention intercommunale pour le développement local. Cette convention, dont le nom public est «Ayla Tmurt» (Ressources du pays) associe sept communes de montagne qui décident de mutualiser leurs forces sur quelques chantiers socioéconomiques, l'agriculture surtout, l'artisanat et le tourisme, mais également la formation, l'informatique?Une caractéristique majeure du programme «Ayla Tmurt», qui a démarré officiellement le 1er juin dernier, doit être signalée : l'association au projet de la plupart des acteurs locaux - collectivités locales, opérateurs socioéconomiques, société civile. La population sera ainsi consultée sur l'ensemble du programme et ses modalités de mise en ?uvre. Mais son objectif est modeste : il vise simplement à réapprendre à une population à se prendre en charge, alors que l'assistanat public est devenu la règle, à lui montrer, preuves à l'appui, que l'action est possible.Ses limites sont nombreuses : indigence institutionnelle, motivation négligeable des pouvoirs publics qui ne semblent pas encore réaliser les potentialités du DL, modestie des actions envisagées, difficultés de financement d'actions à caractère plus social qu'économique, habitude des acteurs concernés à travailler isolément, dans le conflit?Encore une fois, le programme ne vise pas d'objectifs démesurés, utopiques, mais il peut s'avérer porteur de développement dans sa volonté de démocratisation de l'acte d'entreprendre?- Un tel projet est-il protégé de la crise 'Le programme «Ayla Tmurt» concerne un autre type de DL qu'on peut définir comme la valorisation des ressources locales, y compris humaines, par les acteurs locaux et pour les populations locales. L'impact de la dégradation des finances publiques sur ce type de DL ne peut être que limité. Cette crise, palpable au niveau local, pourrait même être à l'origine, indirectement, de dynamiques locales et citoyennes de type économique, social et sociétal, en contraignant en quelque sorte la population à chercher en elle-même des solutions alternatives au retrait de l'Etat. L'histoire récente de l'économie mondiale a montré que c'est en période de crise que les initiatives locales se manifestent le plus.- Peut-il être dupliqué dans d'autres communes, d'autres wilayas par exemple 'Oui, sans aucun doute. Les concepteurs et les praticiens du DL ne manquent pas de signaler qu' «il n'y a pas de territoire condamné, il n'y a que des territoires sans projet». Tout territoire local de notre pays peut aspirer au développement et le réaliser si, bien sûr, existe une volonté communautaire, un projet. C'est ce que s'efforce de mettre en ?uvre le projet «Ayla Tmurt».
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Safia Berkouk
Source : www.elwatan.com