
A Tizi Ouzou, pour le grand public, le nom de l'illustre écrivain et scientifique Mouloud Mammeri résonne essentiellement avec deux importantes institutions ; l'une, scientifique et l'autre, culturelle. L'université et la Maison de la culture portent le même nom. Et, c'est dans une démarche généreuse de faire sortir les universitaires des salles de classes et des bancs des amphithéâtres, que des enseignants ont 'uvré à rencontrer des publics d'horizons divers, pour présenter les résultats de leurs travaux et susciter des débats dans l'enceinte de la Maison de la culture.Le 26e anniversaire de la disparition de Mammeri a été une opportunité pour l'organisation d'une journée d'études sur son œuvre et son apport aux révolutions multiformes, des combats qu'il n'a jamais revendiqués d'ailleurs. Mais, les avertissements sur ce qui pourrait survenir dans l'Algérie en lutte, puis indépendante n'ont pas manqué dans son œuvre.Ainsi, dans l'Opium et le bâton, à travers la voix de Mohand Saïd, un des personnages du roman, Mammeri écrit: «Je vous aurais averti. Jeunes, qui recevez aujourd'hui le précieux héritage, veillez sur lui». Samedi, lors de cette rencontre-évocation, la jeunesse a tourné le dos aux idées de Mammeri, ignoré les universitaires. Douloureuse démonstration que l'Algérie qui réfléchit peine à se faire une place. Parmi le modeste public, l'on n'a pas de peine à relever que les tempes sont grisonnantes, les visages ridés. Dans la magnifique «petite salle», domine la couleur rouge, celle des sièges.Sur les 165 places, plusieurs sont libres, désertées par les jeunes, pourtant auditoire-cible de la manifestation. L'habituel jeune public qui fréquente à longueur de journée la Maison de la culture a préféré se masser le jour même dans la salle de spectacles pour suivre des galas et des clowns. Et, sur les 50 000 étudiants de l'université, il n'y avait pas plus d'une dizaine. Et, comme la nature a horreur du vide, des voix islamistes aguerries aux discours inquisiteurs ont tenté d'occuper les débats. Une tentative de dévitaliser la région, de séparer Mouloud de Mammeri, autrement dit, de dénier les valeurs qu'il porte qui a courroucé les présents. Une entreprise qui peut, toutefois, réussir tant le flanc est prêté.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Saïd Gada
Source : www.elwatan.com