
Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs exhorte les Algériens à «revenir à l'islam de nos ancêtres». Violentée par l'appareil de l'Etat, agressée par un système éducatif rétrograde, la société n'a pas abandonné le legs ancestral.Les villages du pays profond, notamment en Kabylie, où le ministre s'exprimait samedi, ont gardé le même mode de fonctionnement s'agissant de la gestion du spirituel et du temporel. Le cheikh de la mosquée fait son travail à la mosquée et le comité du village s'occupe des affaires du village. Quand des imams, cooptés ces dernières années par les instances locales des affaires religieuses, se hasardent à tenir des discours haineux, à vilipender leur auditoire, ils sont éjectés comme des corps étrangers dans la plus grande discrétion.En lieu et place de prêcher les convertis, les représentants de l'Etat devraient engager l'audit de leur propre gestion et s'auto-appliquer les directives adressées à la société. Il convient de s'interroger, en premier lieu, sur les motivations du pouvoir à inaugurer, à Tizi Ouzou, les festivités du 36e anniversaire du Printemps amazigh par un colloque sous l'égide du ministère des Affaires religieuses et de la coordination des zaouïas. Une initiative qui doit laisser perplexes les fondateurs du Mouvement culturel berbère, à l'origine, faut-il le rappeler, des grandes manifestations ayant marqué le printemps 1980.Il n'y a pas de problème spirituel dans l'univers de l'amazighité et il paraît étrange de monter un colloque assez fourni sur ce thème aux premiers jours de la célébration du Printemps berbère.Avant la régression universitaire actuelle, consécutive à celle de l'école, la «semaine de l'amazighité» se tenait avec éclat et force témoignages dans les campus. En ces temps de brouillage des repères et d'amnésie, il se trouve même un chef d'exécutif de wilaya qui se dit prêt à participer à la marche du 20 Avril, oubliant que cette manifestation était originellement une action «anti-répression» et que les résultats de l'enquête sur les violences policières commises à Tizi Ouzou le 20 avril 2014 ne sont toujours pas rendus publics.Si le but de ce forcing des pouvoirs publics à l'occasion de cette halte historique est d'imposer les caractères arabes dans la transcription de tamazight, de fortes résistances vont survenir avec un rappel vigoureux du travail de plusieurs générations de militants, d'écrivains et de chercheurs ayant utilisé la graphie latine. La convocation d'une rencontre sur «La dimension spirituelle dans le patrimoine amazigh» peut aussi faire écho aux préjugés et aux mauvais procès faits à la région, régulièrement accusée d'écart à la pratique religieuse par certains médias oscillant entre le sensationnel et l'intégrisme.La stigmatisation n'est pas la meilleure façon de célébrer l'amazighité, laquelle intègre les libertés individuelles et collectives. L'objectif démocratique amènera, selon l'expérience des systèmes politiques les plus développés, le rattachement du secteur des cultes au ministère de l'Intérieur, qui est le meilleur endroit pour parler des questions de radicalisation. Les derniers attentats terroristes ayant ébranlé le monde ont confirmé les liens entre la grande criminalité et les djihadistes.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com