Tizi-Ouzou - A la une

«Empêchez le bijou d'At Yanni de mourir, ensuite pensez à le labelliser ! » LA LABELLISATION GéOGRAPHIQUE DU PRODUIT TRADITIONNEL VUE PAR LES ARTISANS BIJOUTIERS DE TIZI OUZOU



Comme le fromage de la Gruyère suisse ou le vin de la Champagne française, l'Algérie pense à labelliser géographiquement les produits artisanaux. A commencer par la dinanderie de Constantine, selon le directeur général de l'artisanat et des métiers au ministère du Tourisme et de l'Artisanat qui a affirmé, récemment, à partir de la Ville des Ponts, que le label qualité «dinanderie de Constantine» devra être certifié ISO 9001 pour faciliter la protection commerciale de ses produits et leur exportation. En outre, le projet d'élaboration d'une norme de qualité des bijoux traditionnels algériens est actuellement achevé à 80% selon la même source qui a précisé que la labellisation des produits de l'artisanat s'inscrit dans le cadre d'une convention établie entre le ministère du Tourisme et de l'Artisanat et l'Union européenne.A Tizi Ouzou, si le tapis d'At Hichem et la poterie de Maatkas ne sont pas encore concernés par la question, ce n'est pas le cas du bijou traditionnel d'At Yanni qui entre dans le cadre de ce projet, lequel peut, à terme, servir cette activité qui souffre en ce moment le martyre. Mais, le moins que l'on puisse dire est que cette idée n'enthousiasme pas outre mesure les artisans bijoutiers de wilaya, notamment ceux d'At Yanni dont la réputation du produit a traversé les frontières du pays et depuis des années déjà. Les bijoutiers rencontrés et interrogés sur la question n'ont pas manqué de dénoncer le manque d'information sur le projet qui les concerne au premier chef. En effet, tous les artisans bijoutiers, questionnés, avouent ignorer jusqu'à l'existence de ce projet de labellisation géographique. Tous pensent également que cette idée constitue un «luxe» pour une «activité agonisante». «En toute logique, vous croyez qu'on peut exporter un produit qui tend à disparaitre '» lance, dépité, un bijoutier qui montre sa vitrine à moitié vide, réservée à l'argent. Cet artisan originaire d'At Yanni et ayant un local dans la ville des genêts a dû arrêter la fabrication des bijoux artisanaux en raison du prix exorbitant de la matière première mais aussi de l'indisponibilité du corail sur le marché. Selon lui, l'argent est cédé à
140 000 DA le kilogramme et, à ce prix, l'artisan ne peut plus rentabiliser son activité. «J'ai cessé la fabrication en attendant que la situation se stabilise un peu mais si cela continue à ce rythme, je vais abandonner l'activité», affirme encore notre interlocuteur qui dénonce également l'absence de choix dans les achats effectués par les artisans bijoutiers. Entre le fil d'argent, plus prisé, et la plaque, l'artisan n'a d'autre choix que la plaque chez les fournisseurs qui, depuis quelques années, ne se donnent plus la peine de diversifier leur offre, au détriment des artisans bijoutiers. «L'idée de labellisation géographique est donc séduisante mais pour cela il faut commencer par sauver le bijou d'At Yanni de la disparition», ajoute, en guise de conclusion, l'artisan interrogé. De son côté, un autre bijoutier affirme que l'idéal est d'organiser de façon efficace l'activité artisanale avant de penser à la «labellisation bourgeoise» du bijou d'At Yanni. Dénonçant l'inertie des pouvoirs publics devant l'existence d'un marché hebdomadaire «illégal» en plein centre-ville, le bijoutier fait part d'une baisse d'activité qui menace les bijouteries exerçant dans la légalité, notamment parce qu'au niveau de ce marché, ouvert chaque samedi, les prix proposés sont imbattables puisque le prix de revient des vendeurs n'est pas élevé, ne payant aucune charge et surtout n'ayant aucune responsabilité sur la qualité de leurs produits. «Les clients sont un peu aveuglés par les bas prix et ne pensent à la qualité que quand c'est trop tard, surtout que les vendeurs ne sont redevables de rien dans ce marché», soutient-il non sans dénoncer certains vendeurs de ce marché qui arnaquent les clients en proposant des bijoux en cuivre et autres matières qu'ils présentent comme de l'argent. Il y a également une autre réalité qui mène la vie dure aux bijoutiers de Tizi Ouzou mais celle-là concerne plutôt tous les commerçants de la ville. Le transfert des différentes stations de transports vers l'extérieur de la ville a engendré une baisse drastique de la fréquentation et, de ce fait, de l'activité commerciale également. Tous les bijoutiers en souffrent et le marché hebdomadaire est vécu comme une sorte de coup de grâce donné à l'activité. Donc pour les artisans bijoutiers d'At Yanni, la labellisation géographique du produit traditionnel est très séduisante, mais on devrait avant cela «empêcher l'activité de mourir avant de penser à la labelliser, parce qu'on ne peut exporter ni protéger un produit en voie de disparition».
M. B.
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