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Djilali Leghima, une vie de combat



Débordant d'énergie, gardant la fougue de la jeunesse, jamais désespéré par les années de désenchantement. Les années passent et poussent les événements dans le tragique, mais lui a pu rester debout jusqu'au bout. Aux convictions de la jeunesse combattante, il est resté viscéralement attaché.Djilali Leghima, décédé hier à l'âge de 90 ans, était un personnage à l'itinéraire rempli de bien de combats. Issu d'une famille militante dans les rangs du mouvement national, Si Djilali a, dès son enfance, baigné dans l'ambiance nationaliste dans une région totalement acquise à l'idéal indépendantiste. En quittant Souama (Tizi Ouzou), le défunt avait tout juste 22 ans, quand il s'installe à Paris à l'aube de la révolution de novembre.
Il est vite happé par le courant révolutionnaire et au sein duquel, il fait ses premières armes sous le nom de guerre Mahmoud pour devenir rapidement un des militants les plus actifs de la Fédération de France du FLN. Un engagement qu'il raconte dans L'émigration dans la révolution algérienne, parcours et témoignages, qu'il a édité chez Chihab en 2019. Dans ce livre, Djilali Leghima apporte des témoignages saisissants sur l'engagement des militants dans l'immigration, leur mode opératoire en territoire ennemi. Mais il consacre également un chapitre important sur la guerre fratricide entre les militants du FLN et ceux du MNA de Messali Hadj.
"Les batailles les plus rudes étaient celles qui nous opposaient aux éléments du MNA. Avant le déclenchement de la guerre de Novembre, on se connaissait entre nous, mais une fois la guerre déclarée, nous devions faire face à deux ennemis, ceux du MNA étaient plus menaçants. J'ai échappé plusieurs fois à des assassinats orchestrés par le MNA", racontait souvent Si Djilali quand a été interrogé sur cette séquence de la guerre qui avait fait des centaines de victimes. Au sortir de la guerre, l'enfant de Souama fut de ceux qui étaient opposés aux tournures des évènements et se dressaient contre les dérives autoritaires du régime du tandem Ben Bella-Boumediène.
Et c'est tout naturellement qu'il se retrouve aux côtés de Hocine Aït Ahmed et ses camarades qui allaient fonder le Front des forces socialistes (FFS). S'ensuit alors une répression contre les militants du FFS issus pour leur totalité des maquis de la guerre de Libération nationale. Le conflit, qui a duré près de deux ans, faisant plus de quatre cents martyrs dans les rangs du FFS, a débouché sur les fameux accords du 15 juin entre le FLN et le FFS qui reconnaissent, entre autres, le mouvement d'Aït Ahmed comme un parti d'opposition légal.
Sauf que trois jours après, Ben Bella fut renversé par son ministre de la Défense Houari Boumediène qui remet de fait en cause ces accords. Les camarades de Djilali Leghima replongent dans la clandestinité et ce jusqu'en 1989. Le parti reprend son activité légale et Si Djilali se retrouve parmi les dirigeants de premier plan. Il fait figure de sage. Un liant. Jouissant d'une grande respectabilité, il fut élu député de Tizi Ouzou aux législatives de 1997. Et quand le parti est secoué par des conflits internes cycliques, les militants se tournent souvent vers Si Djilali en sollicitant son intervention.
Et c'est en homme affable, jovial et conciliant qu'il s'attelle à aplanir les tensions. Ferme sur le fond, mais toujours souple quand il s'agit de résoudre les malentendus politiques. L'homme sait se placer au-dessus des clivages, il n'est pas un militant sectaire. Ouvert sur les autres sensibilités, il fut le militant qui jette des passerelles entre les diverses tendances du courant démocratique, et bien au-delà.

Arezki M.
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