Un hommage à été rendu par Radio de Tizi-Ouzou au chanteur Djamel Allam, à l' occasion du 2e anniversaire de son décès survenu le 15 septembre 2018.Ses amis, le musicien Bazou, le journaliste Boukhalfa Amazit, auteur de la préface d'une biographie consacrée au défunt, l'artiste plasticien et décorateur de cinéma et de théâtre, Arezki Larbi, ainsi que des journalistes locaux se sont relayés pour évoquer l'homme, les pérégrinations spatiales de l'artiste qui a nourri son inspiration aux sources et influences diverses et cosmopolites, avec, au bout, un parcours iconoclaste et atypique. Celui d'un chanteur dont le répertoire est fait de synthèses sonores d'ici et d'ailleurs et de croisements esthétiques qui ont donné une impulsion nouvelle à la chanson kabyle en particulier, et algérienne en général.
«L'un des mérites de Djamel Allam est d'avoir permis de changer le regard de l'autre sur la musique algérienne. Des chanteurs comme Djamel Allam et Idir ont apporté la touche de modernité qui manquait au répertoire des chanteurs pionniers comme Slimane Azem et Cheikh El Hasnaoui et d'autres qui ont fait l'essentiel de leur carrière en France.
En introduisant des instruments électroniques, en adaptant de nouvelles sonorités (jazz rock...), ces jeunes chanteurs de la nouvelle génération venus en France pour les besoins de création artistique ont pu faire sortir la musique kabyle et algérienne du ghetto ouvrier dans lequel elle était cloitrée en lui donnant une audience universelle», dira un journaliste qui a évoqué la rupture provoquée par les compositions de chanteurs comme Idir et Djamel Allam dans le champ de la création musicale algérienne. Un aspect que développera Arezki Larbi, ami intime du défunt D. Allam.
Arezki Larbi a usé des mots du c?ur pour parler de la générosité et de l'engagement humaniste des qualités artistiques de celui qu'il qualifiera de «l'oiseau minéral». Une formule empruntée à Tahar Djaout pour dire la douleur de l'arrachement, sentiment qui caractérise les allers et retours fréquents de Djamel Allam entre le pays natal où il entamera son apprentissage artistique et l'autre rive, la France, pays d'accueil qui lui permettra, dans la proximité des chanteurs comme Léo Ferré, Bernard Lavillier, Brassens et beaucoup d'autres personnalités du gotha d'artistes et intellectuels à l'ancrage «rive gauche», de féconder son art et de participer à l'effort d'innovation et de modernisation de la musique kabyle et algérienne en général. «Djamel est un chanteur de la migration et de la rupture», témoignera l'artiste Arezki Larbi en réponse à une question sur le rapport de l'auteur de Gatlatou à la génération de chanteurs pionniers installés en France et son apport à l'élaboration de la nouvelle chanson kabyle à laquelle il a participé à donner une autre dimension esthétique.
Une esthétique et «une nouvelle approche qui ont permis à des chansons à l'exemple de celles composées par Slimane Azem, Akli Yahiatène et Cheikh El Hasnaoui de connaître une nouvelle vie», expliquera l'artiste plasticien qui rappellera que c'est grâce à Kateb Yacine et Mohamed Issiakhem que Djamel Allam est venu à la chanson kabyle.
«C'est à la Voûte, à Moretti, l'un des nombreux clubs qui fleurissaient, dans les années 1970, sur la côte algéroise, que Kateb Yacine et Mohamed Issiakhem ont insisté auprès de Djamel Allam pour chanter en kabyle. Après son tour de chant en anglais, M. Issiakhem vint interpeller Djamel en ces termes : «pourquoi tu chantes dans une langue étrangère et non dans ta langue maternelle '» se rappellera A. Labri.
Et d'ajouter : «Touché au vif, Djamel a composé dans sa chambre et durant la même nuit Urstru (Ne pleure pas, en kabyle), une chanson vite adoptée par le public de la Voûte devant lequel il la chantera sept fois de suite, à la demande de ce dernier, durant la nuit du lendemain et qui figurera, bien sûr, dans le premier opus enregistré par Djamel Allam», se rappellera encore l'invité de Radio Tizi-Ouzou.
S. Aït Mébarek
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : S A M
Source : www.lesoirdalgerie.com