Tizi-Ouzou - A la une

Désillusions



Désillusions
Ce ne sont pas les hangars de stockage du cachir avarié qui partent en fumée, mais les usines d'électroménagers flambant neuves. Cela illustre le drame présent et à venir d'un pays qui marche sur la tête, tout en allant droit dans le mur. Les appels à libérer l'initiative entrepreneuriale pour mettre sur pied une économie productive sont démentis de la manière la plus cruelle : l'impossibilité physique de travailler.C'est dans le même registre de désertification du territoire que l'entreprise d'assèchement économique a été organisée dans le centre du pays, notamment en Kabylie, où les kidnappings des entrepreneurs ont poussé ces derniers à des délocalisations incertaines ou à une cessation d'activité. Le pays n'est pas sorti de l'ornière et l'opinion, anesthésiée, s'attend, stoïque ou résignée, à de nouveaux coups de boutoir. La société civile paraît déboussolée et ses capacités de résilience sont proches de l'épuisement.Le dernier appel à sauver une économie concerne? un pays voisin qui vient d'être frappé par la barbarie terroriste dont nous avons tant souffert. La solidarité est un principe noble, mais il serait louable d'y recourir également quand le drame survient intra-muros. Il n'y a jamais eu d'appel à «envahir» Tikjda après l'odieux assassinat d'un alpiniste étranger, l'année dernière, encore moins en 1995, quand des terroristes ravageaient l'hôtel touristique de Tala Guilef, sur les hauteurs du même massif du Djurdjura.Vingt ans plus tard, l'hôtel n'a pas été rénové ni rouvert et aucun touriste national ou étranger ne se hasarde dans ce site de haute montagne. Même le ministre du Tourisme n'a pas souhaité s'y rendre, lors de sa visite la semaine dernière à Tizi Ouzou. «Le tourisme est l'affaire de tous», avait déclaré le ministre qui n'a visiblement pas le c?ur à l'ouvrage en dehors de la politique.Dans ce pays qui part en vrille, il n'est pas d'un grand secours à écouter les membres du gouvernement pour se rassurer sur les perspectives immédiates. A entendre le ministre de la Communication, tout irait pour le mieux si les journalistes rentraient dans les rangs. Un prix du meilleur journaliste vient d'ailleurs d'être institué avec une forte dotation par la présidence de la République pour accélérer le retour à la pensée unique. Le ministre des Affaires religieuses a une tout autre proposition pour régler tous les maux du pays : un mufti de la République.Alors que la menace de «l'Etat islamique» n'est pas une vue de l'esprit et que cela commande la mise en place d'un dispositif policier de renseignement exceptionnel, c'est la situation à Ghardaïa qui mobilise les plus hautes autorités sécuritaires du pays. Si l'Etat n'avait pas atteint ce niveau de déliquescence, le wali disposant de l'autorité et des moyens publics aurait pu gérer et résoudre cette crise communautaire dominée par la désillusion sociale.


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