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Des chercheurs universitaires étrangers parlent de la situation politique en Algérie



Analysant la situation politique en Algérie dans un contexte marqué par les bouleversements affectant son voisinage, Luiz Martinez, chercheur au Centre d'études des relations internationales de Paris, a estimé que dans le contexte régional qui est caractérisé par le changement de régime en Libye, de démocratisation en Tunisie, de coup d'Etat en Egypte et de guerre au Mali, "l'Algérie donne l'impression d'être dans une situation stable, mais pour beaucoup de nos observateurs, cette stabilité est trompeuse dans la mesure où elle n'est pas le fruit d'un compromis entre les élites et la population, mais d'un refus de tout débat en profondeur sur l'orientation politique de l'Algérie. En Europe, on est conscient qu'une stabilité à court terme est intéressante, mais à long terme, elle n'élude pas la question de savoir si l'Algérie n'a pas peur elle-même de ses propres changements", a déclaré ce chercheur français qui prenait part, hier, au travaux de la journée d'étude organisée par la faculté de droit et des sciences politiques de l'université de Tizi Ouzou sur la question du rôle que peut jouer l'Algérie en Méditerranée et dans le Sahel.En parlant de stabilité, le chercheur français précise que "dans l'état actuel de l'Algérie, ce n'est même pas de la stabilité du régime qu'il est question, mais plutôt de celle des coalitions qui gouvernent en Algérie". "Du point de vu extérieur, l'Algérie n'offre pas du tout les garanties de stabilité. C'est un pays fragile, même si en apparence, il donne l'impression qu'il est stable et solide", a-t-il ajouté en soulignant que l'Algérie est un pays où la jeunesse a du mal à trouver du travail, son économie est hyperdépendante du pétrole, sa population n'a plus confiance en ses élites politiques et dans son environnement actuel, et l'Algérie est même insécurisée dans ses frontières. "Pour les Européens, l'Algérie est aujourd'hui l'énigme de l'Afrique du Nord, et pas dans le bon sens", déclare Luiz Martinez, tout en soulignant, toutefois, que "personne, et surtout aucun pays européen, ne veut déstabiliser l'Algérie" car, a-t-il expliqué, c'est le 3e fournisseur de gaz de l'Union européenne, c'est le partenaire militaire dans la région et c'est un pays considéré par l'Otan comme très important."Le problème est que l'Algérie n'est pas soumise à des contraintes extérieures de démocratisation et qu'à l'intérieur elle peut rester comme elle est. Personne ne lui demande de changer et comme son peuple s'est accoutumé à un Etat qui redistribue la rente pétrolière sous des formes diverses, l'Algérie est stable même si elle ne se développe pas. Ni politiquement ni économiquement", a-t-il analysé.Cette situation interne a-t-elle un impact sur le statut de "puissance régionale" que recherche l'Algérie ' Sur ce point, selon le professeur Aomar Baghzouz de l'université de Tizi Ouzou, "le manque de lisibilité politique interne risque de se répercuter négativement sur la quête de l'Algérie d'un statut de puissance régionale". Pour lui, dans le cas où, par exemple, un 4e mandat pour Bouteflika conduirait à des tensions internes, l'Algérie ne pourra pas se concentrer sur sa politique extérieure.Sur ce même point, Luiz Martinez estime que "les Européens sont déçus par l'Algérie qu'ils pensaient pouvoir assumer son rôle d'acteur majeur dans la région", dit-il, en rappelant le reproche de la France à l'Algérie qui n'est pas intervenue en 2010 pour combattre les groupes terroristes qui menaçaient cette région, où c'était finalement, rappelle-t-il, la France qui est intervenue là où c'était à l'Algérie de le faire dans la mesure où ses frontières étaient profondément menacées. Plus loin, le chercheur français reconnaît, toutefois, que si la France est intervenue, c'était en raison de la menace qui pesait sur le Niger qui est son 3e fournisseur d'uranium.Sur cette question, le professeur Abdenour Benantar de Paris III a estimé que "l'Algérie était restée attachée à son principe de non-ingérence dans un autre pays, ce qui est valable lorsqu'il s'agit d'un Etat, or le Mali était dans une situation de non-Etat". Les participants à la journée d'étude étaient unanimes à considérer que cette hésitation a fait perdre à l'Algérie une opportunité de s'imposer comme puissance régionale. Aujourd'hui encore, ont-ils estimé, il serait suicidaire pour l'Algérie de croire qu'il suffirait de sécuriser ses frontières pour que tout aille bien. "L'Algérie n'a pas intérêt de ne pas avoir une politique au Sahel", ont-il conclu.S. LNomAdresse email


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