Comme chaque année à l'approche de la saison estivale, les rencontres, les sorties médiatiques et les sorties officielles sur le terrain se multiplient avec, en filigrane, l'intention de louer les efforts fournis par les autorités, à tous les niveaux, en matière de développement du tourisme dans la wilaya de Tizi Ouzou. Mais quelle est la réalité du tourisme dans cette région où, en raison des énormes potentialités qu'elle recèle, d'aucuns le considèrent comme sa première vocation et pouvant, donc, constituer un des plus importants leviers sur lesquels pourra être bâtie une véritable économie locale.Cette semaine encore, le ministre du Tourisme a fait son show dans cette wilaya où il s'est rendu lundi dernier et un débat a été consacré à ce secteur à l'APW de Tizi Ouzou où exécutif et élus se sont accordés à réaffirmer pour la énième fois tout l'intérêt accordé à ce secteur. Sauf que certaines données portées dans les rapports présentés montrent, qu'au moment où ailleurs le tourisme est devenu une véritable industrie, à Tizi Ouzou il est toujours dans son ère préhistorique, sinon que très peu de choses ont été accomplies pour espérer l'ériger au rang de levier économique générateur de richesses et d'emplois.
D'emblée, les rapports présentés attestent qu'en matière de tourisme balnéaire, sur les 18 plages que compte la côte de la wilaya, seulement 8 d'entre elles sont toujours autorisées à la baignade. Un même nombre qui revient depuis plus d'une quinzaine d'années. Que font donc les autorités pour transformer les plages non autorisées en plages autorisées pendant que sous d'autres cieux l'on transforme même des récifs en plages ' Là, c'est motus et bouche cousue. Même les plages autorisées se trouvent, selon un rapport de l'APW, dans un état des plus lamentables.
Un sous-investissement constant
En termes de capacité d'accueil, les chiffres de la direction en charge du secteur fait état d'une capacité globale de 7 492 lits dont
1 594 sont totalisés par les 32 établissements hôteliers que compte la wilaya. Sauf que sur ce point aussi, la commission de l'APW a dénoncé le recul enregistré en la matière. "La wilaya compte en réalité 45 établissements hôteliers d'une capacité de 3 041 lits, dont malheureusement, 13, d'une capacité de 1 447 lits, sont fermés", est-il mentionné dans son rapport qui précise que tous les hôtels publics tels que El Arz, Tamgout, Lalla Khedidja, le Bracelet d'argent, le Beloua et Amraoua sont fermés pour des travaux qui trainent en long et en large. "C'est d'ailleurs à se demander où est l'objectif de la fermeture de tous ces hôtels à la fois ' Pour rénovation, nous dira-t- on ! Des années sont déjà écoulées et on ne sait pour combien d'années encore", s'interroge-t-on légitimement dans ce rapport qui ne souffre aucune complaisance.
Même en matière d'investissements, le secteur du tourisme ne semble pas être le mieux loti. Près de trente ans après l'annonce de la création de 8 zones d'expansion touristique l'on continue toujours à les évoquer au futur. La seule d'entre elles qui a vu le jour à Azeffoun a été attribuée à l'ETRHB Haddad en 2014 non sans susciter moult interrogations dans la région. Aucune suite sur le terrain n'est également donnée à la récente annonce de création de ZET de montagnes. À Tizi Ouzou, le citoyen lambda continue toujours à se demander où sont passés les 33 projets qui devaient révolutionner le tourisme dans cette région comme annoncés par Amar Ghoul alors à la tête de ce département. Qu'a-t-on fait également pour faire des 59 sites naturels, 77 sites archéologiques et historiques et les 7 circuits touristiques une activité génératrice d'emplois et de richesses, se demande-t-on sans cesse dans la région. La centralisation de la décision et de la gestion du tourisme à Alger est sans doute pour quelque chose dans cette situation où le secteur public dans le domaine a tendance à disparaître et les initiatives privées sont bloquées.
Insalubrité et islamisme : deux autres freins
Mais en plus du sous-investissement dans la région, il y a aussi la situation de l'environnement et les mentalités qui ne sont pas de nature à servir le tourisme dans cette région. Après avoir été longtemps pris en otage par le terrorisme, le tourisme dans cette région est aujourd'hui otage de deux autres phénomènes connus pour ne pas faire bon ménage avec le tourisme. Il s'agit, pour le premier, de l'insalubrité qui pose un problème de santé publique, qui défigure les espaces et au sujet de laquelle population et autorités se rejettent la balle, et, pour le second, de l'islamisme rompant dans la région et qui pose de sérieux problèmes d'insécurité sur les plages de la région, notamment en dehors de la saison estivale. En effet, il est connu de tous, dans la région, qu'en dehors de cette saison "officielle", des islamistes, qui disent agir au nom de "l'honneur" et de "la bonne moralité" s'adonnent à la chasse aux couples et même aux familles sur plusieurs plages de la wilaya.
Dans son récent rapport, l'APW convient, en tout cas, que "les constats sont lourds et amers". "L'objectif de faire de Tizi Ouzou une wilaya prestigieuse comme elle l'a déjà été dans le passé lorsqu'on la surnommait la petite Suisse, n'est pas près de se concrétiser sans la volonté politique et celle des populations car tout le monde est concerné", a-t-elle noté tout en estimant que "la wilaya regorge de potentialités mais nous sommes loin de parler de région touristique vu que les moyens mis pour développer et promouvoir ce secteur sont insignifiants". Cependant, la direction du secteur, tout en continuant à gérer la saison estivale comme une récréation annuelle en dehors de laquelle rien n'est fait pour que les 85 km de côte de la wilaya soient fréquentables, se borne à s'enorgueillir de la croissante affluence, qui dépasse 10 millions d'estivants, vers les plages de la région tout en occultant, toutefois, d'évoquer la rentabilité économique réelle de ce flux saisonnier qui fait plutôt office de l'arbre qui cache la forêt. Preuve en est, l'APW note dans son document que "faute d'une volonté politique et touristique adaptée, nos communes côtières, censées être les plus riches de la wilaya, sont, malheureusement, parmi les plus pauvres".
Samir LESLOUS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Leslous
Source : www.liberte-algerie.com