Depuis que Slimane a été tabassé par des policiers à Beni Douala, dans la wilaya de Tizi Ouzou, la question des non- jeûneurs en Algérie défraie encore une fois la chronique. Y a-t-il excès de zèle de la part des policiers ' Que prévoient la religion et la loi '
«Nous avons lu la déclaration du commissaire Boudalia, chargé de la communication à la DGSN, qui affirmait dans la presse que Slimane Rebaïne n'a pas déposé une plainte ni présenté un certificat médical. Ce n'est pas faux. La victime ne déposera pas une plainte pour le moment, elle a le temps pour ça. En attendant de ficeler le dossier, nous allons utiliser tous les moyens en notre possession pour dénoncer d'abord cette humiliation», a déclaré un militant d'Amnesty International.
Beni Douala, 11e jour du mois de carême, au domicile familial de Slimane, au village Taddarth Oufella. Depuis son passage à tabac par un officier de la brigade mobile de la police de la ville de Beni Douala, Slimane, 37 ans, journalier, n'a pas cessé de recevoir des propositions pour étouffer son affaire. Slimane Rebaïne a été surpris en train de manger «à l'abri des regards», affirme-t-il, mercredi dernier par des policiers en patrouille dans la ville de Beni Douala, 15 km à l'est de Tizi Ouzou. Brutalisé, puis embarqué au commissariat, il passe près de trois heures dans les locaux de la police. «Au bout de quelques heures, mon téléphone a sonné, c'était ma mère. Elle attendait que je rentre avec des commissions. Le policier, avant de me relâcher lui dit au téléphone d'un ton menaçant : ''Ecoutez madame, nous allons le relâcher mais la prochaine fois, ce sera la prison.''», raconte Slimane, assurant qu'il n'a été ni maltraité au commissariat ni signé de PV.
Le lendemain, la victime a été conseillée de faire établir des certificats médicaux pour attester des coups qu'il a encaissés avant son embarquement au commissariat. Le certificat médical décrit plusieurs lésions et un arrêt de travail de 10 jours. «Devant la polyclinique, où j'ai été pour faire établir le premier certificat, l'officier est venu me voir. Il a commencé à me parler d'un travail, gentiment, dans une tentative d'arranger les choses à l'amiable, mais j'ai refusé la proposition ; je n'ai rien répondu», poursuit la victime. Au sujet de la plainte, Slimane reste vague, disant simplement que les choses avancent. «Avec des amis d'organisations de défense des droits de l'homme, nous sommes en train de monter un dossier, mais nous allons attendre un peu», dira-t-il. Après un moment de silence, il ajoute : «J'aurais fermé les yeux si on m'avait juste parlé ou même embarqué dans les règles. Mais ils m'ont frappé et humilié, car ce n'est pas la première fois que cela m'arrive. J'ai eu affaire au même policier et à la même brutalité l'an dernier. Là, je n'en peux plus !»
Humilié
Les traces de coups, de bleus sont toujours visibles sur le bras et le visage de Slimane. Sa mère, 70 ans, s'invite à la discussion, désirant apporter son témoignage. Et de s'interroger et dénoncer certaines pratiques des policiers. «Je sortais à peine d'une épicerie quand le véhicule de police s'arrêta à ma hauteur. Ils m'ont sollicitée de les suivre au commissariat. Ils m'ont demandé de dire qu'ils n'ont rien fait à mon fils et qu'il est rentré sans lésion ni blessures», révèle cette septuagénaire. Et de poursuivre : «Je me suis opposée à ce qu'ils essayaient de me faire dire, mais comme je ne sais pas lire, je ne pouvais pas savoir ce que les policiers ont écrit sur la feuille (une déposition, ndlr) qu'ils m'ont obligée à signer. J'ai juste essayé de leur expliquer que le jeûne est une question personnelle et que personne n'a le droit de malmener ou obliger les gens à l'observer.
Et ce, avant qu'ils ne tentent de me proposer du travail' à mon âge !» A la fin de la rencontre, Slimane lâche, l'air effrayé : «Vont-ils encore venir me chercher après mes déclarations à la presse '» Il tient le coup grâce au soutien des organisations de défense des droits de l'homme, dont Amnesty International, la LDDH de Hocine Zehouane et la Maison des droits de l'homme de Tizi Ouzou ainsi que des partis politiques, comme le RCD, qui se sont manifestés à travers des déclarations publiques.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nordine Douici
Source : www.elwatan.com