
Il y a près de six mois, dans ce même espace et sur le même sujet, je titrai ma chronique 'Le BTPH : un secteur émergent qui peut mieux faire". Un semestre plus tard, il ne me semble pas que les lignes aient bougé dans la bonne direction. Piqûre de rappel. Avec une croissance qui frôle les deux chiffres et un potentiel de marché exceptionnel (les importations de matériaux de construction ont doublé en 2012) ce secteur est, avec celui de l'agriculture, celui qui porte pour le moment le projet de diversification de l'économie algérienne. Mais d'un autre côté, c'est un secteur où le reste du monde prend une part beaucoup plus importante que ce qui est admissible selon les pratiques internationales. Abdelmadjid Denouni, président de l'Union générale des entrepreneurs algériens (Ugea), avait donné le chiffre de 11 milliards de dollars transférés en études et en services d'architecture et de suivi de construction au titre du plan quinquennal précédent (2005-2009). Sans parler de la participation marginale des entreprises algériennes dans les grands projets du BTPH. Ceci étant, s'il y a un secteur pour lequel les insuffisances et contraintes sont identifiées et les solutions à portée de main, c'est bien celui-ci. Je vois pour ma part, et ce n'est pas nouveau du reste, trois contraintes majeures qui entravent une croissance plus forte du secteur du BTPH ; les deux premières sont exogènes et la dernière est endogène. La première est relative aux facteurs de production. Le ciment d'abord, qui, de facteur de production devient un objet de spéculation du fait d'une rareté qui n'aurait dû jamais exister dans un pays où l'énergie et le calcaire sont abondants et bon marché.
Rien ne sert de se lamenter sur les retards dans la construction de cimenteries. Espérons simplement que les promesses du groupement public industriel Gica soient tenues quant à la réalisation, dans les délais, des extensions et des nouvelles cimenteries et que le secteur privé s'engage lui aussi dans ce type d'investissements capitalistiques. On pourra même alors dégager des quantités à l'export. C'est la même problématique et la même réponse à apporter pour le rond à béton, le treillis soudé et les charpentes métalliques. Je ne veux pas parler des brouettes, bétonnières, truelles et autres échelles importées au lieu d'être fabriquées sur place. Même chose pour les produits plastiques telles que les gaines, films, boîtiers électriques importées alors que le potentiel installé de la plasturgie nationale peut les fabriquer. Il n'y a que pour les briques qu'il y a excédent, encore que le déséquilibre territorial subsiste en la matière, notamment pour les wilayate du Sud. L'autre facteur de production, et non le moindre est celui de la disponibilité de ressources humaines qualifiées. Où sont donc passées les cohortes de jeunes maçons, ferrailleurs, plâtriers, électriciens et plombiers censées provenir des centres de formation professionnelle ' La plupart des entreprises locales et étrangères se plaignent de leur pénurie sur le marché du travail. Lorsqu'enfin ces entreprises en trouvent une partie elles se plaignent de la faible productivité. Pourquoi cet état de fait et comment le changer ' Question préjudicielle pour le secteur. La réponse passe par la valorisation professionnelle et sociale de ces métiers ainsi que par la modernisation de leur enseignement. Elle passe également par la généralisation et le développement de la formation en entreprise (compagnonnage, apprentissage, stages en entreprise, etc.).
Deuxième série de contraintes ; elles sont liées à la désorganisation des différents marchés impactant le secteur du BTPH. Le marché foncier d'abord. Cela se traduit par les retards dans les mises à disposition des assiettes foncières pour l'habitat et les différents projets d'infrastructures. Cela est dû pour une part importante à l'inexistence d'un marché foncier transparent et prévisible. L'activité elle-même se déploie dans un marché dont '30% des entreprises activent dans l'informel" pour reprendre le chiffre de Mourad Kheloufi, président de l'Association générale des entrepreneurs algériens (AGEA). Ce dernier ajoute même que '50% des 100 000 ouvriers y activent au noir". Enfin le code des marchés publics (CMP) et les cahiers des charges sont caractérisés par la lourdeur et la bureaucratie. Les pouvoirs publics et la profession doivent et peuvent progressivement traiter ces contraintes dans l'intérêt du secteur, des entreprises et des salariés.
Troisième et dernière contrainte, la contrainte endogène. Elle renvoie à la faible taille, au niveau de technicité et de management médiocre et à la faible capitalisation de beaucoup d'entreprises du secteur. Cela les empêche, entre autres, de tenir leurs engagements contractuels en termes de délais, de coûts et de qualité et de concourir aux grands projets, limitant ainsi considérablement leur croissance. Là, les efforts sont à faire par les entrepreneurs eux-mêmes mais avec l'accompagnement des pouvoirs publics. Dans le même ordre d'idées, les entreprises publiques et privées devraient construire des partenariats par projets, voire prendre des participations croisées, y compris par acquisition de participations et/ou d'obligations. C'est beaucoup plus productif que de continuer à se faire des procès d'intention ou à se regarder en chiens de faïence. Sans quoi le reste du monde continuera d'élargir, sans la moindre résistance, ses parts de marché chez nous.
En conclusion ce qui me rassure, c'est que je ne suis pas le seul à produire cette analyse du secteur. Ainsi, j'ai trouvé beaucoup de convergences avec les approches proposées au cours du 1er Colloque national sur le BTPH tenue récemment à Tizi Ouzou à l'initiative de l'Association de la promotion de l'investissement (API). Pour ce secteur, comme pour les autres, marteler ce qu'il faut faire n'est certes pas suffisant pour améliore les choses, mais vous conviendrez avec moi que c'est un passage obligé. Aux autres à faire leur part du travail.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Mustapha MEKIDECHE
Source : www.liberte-algerie.com