A l'avant-garde des luttes démocratiques ces dernières décennies, la Kabylie se positionne, invariablement, au bas du tableau en matière de participation aux élections. Quatre électeurs sur cinq ne se sont pas présentés aux urnes, jeudi dernier, dans la wilaya de Tizi Ouzou. Les 80% d'abstention enregistrés dans cette région du pays n'ont pas ébranlé les certitudes du pouvoir, qui a célébré le «printemps démocratique algérien». Le régime en place peut certes s'estimer heureux d'avoir échappé à un discrédit généralisé, mais il ne peut nier cette défiance nette et sans ambages exprimée par les électeurs de Kabylie. Cette situation, qui n'a nullement fait réagir les représentants du pouvoir, révèle pourtant un profond malaise, un véritable contentieux politique.
Aucun des mécanismes mis en place pour réussir les législatives, dont la spectaculaire prolifération des sigles, donc des candidats, n'a pu sortir les électeurs de Kabylie de leur posture de boycott. Même la participation du parti d'Aït Ahmed à ce scrutin n'a pas inversé la tendance lourde vers le repli électoral. Cela n'a pas surpris outre mesure les observateurs. La région ne pouvait pas passer des manifestations populaires du 20 Avril, pour le recouvrement des droits culturels et politiques, à un engouement devant les bureaux de vote, 20 jours plus tard. Cela dans un contexte marqué, depuis de longues années, par un climat sécuritaire et socioéconomique des plus exécrables. Il était illusoire de croire que les citoyens de la région allaient participer à la «fête» des législatives, alors que leur quotidien, jusqu'à la veille du jour du vote, était fait de détresse et de sentiment d'exclusion.
Oubliés, réprimés le long de l'année, accablés par un terrorisme opérant dans l'impunité, les citoyens de Kabylie avaient peu de motifs pour aller appuyer un processus de reconduction du pouvoir en place. Lorsque les gouvernants ne se prononcent jamais quand un citoyen se fait kidnapper en plein jour dans la région, sur le chemin de son travail, il y a très peu de chances pour que ces mêmes citoyens se prononcent le jour du vote pour apporter une voix ou une quelconque caution à des élections dont ils ont eu à éprouver l'inanité et les illusions. Tant que les préoccupations de la population de Kabylie ne sont pas à l'ordre du jour au sein du pouvoir, celui-ci ne peut pas se considérer à l'abri de nouvelles secousses telles que celle du Printemps berbère et des révoltes populaires qui l'ont suivi.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Djaffar Tamani
Source : www.elwatan.com