Animant une conférence à l'université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, hier, à l'invitation de la Coordination locale des étudiants (CLE), le coordinateur du Rassemblement pour la Kabylie (RPK), Hamou Boumedine, a qualifié les arrestations opérées ces dernières semaines par la justice de "diversion politique visant à ramener le débat autour des poursuites judiciaires dans le but de l'éloigner de la revendication principale du peuple qui consiste en un changement radical du système". Pour le coordinateur de ce mouvement autonomiste, "on ne peut résumer la crise actuelle à une histoire d'arrestation de personnes". Tout d'abord, a-t-il souligné, ces poursuites ne doivent avoir lieu que dans le cadre d'une justice libre et libérée. "Or, dire actuellement que la justice est indépendante n'est qu'un leurre. Ces poursuites n'obéissent qu'à des ordres du pouvoir exécutif", a-t-il déclaré, non sans citer l'occultation de la responsabilité du désormais ex-chef de l'Etat, Abdelaziz Bouteflika comme preuve d'instrumentalisation de la justice. Outre ce volet judiciaire, Hamou Boumedine estime également que la revendication du départ des personnes incarnant le pouvoir reste insuffisante pour régler la crise. "Ce qu'il faut, c'est un démantèlement du système pour aller vers une refondation de l'Etat", a-t-il plaidé avant d'identifier les fondements de ce système qu'il faut, dit-il, déconstruire. Il s'agit, a-t-il énuméré, de la militarisation de l'Etat, du caractère néo-patrimonial de l'Etat et de son caractère jacobin et autoritariste. "Depuis l'élimination d'Abane qui incarnait la primauté du politique sur le militaire, à ce qui se passe aujourd'hui, en passant par le coup de force de 1962, le coup d'Etat de 1965, l'arrêt du processus électoral en 1992, l'armée s'est impliquée dans tous les événements fondamentaux de l'histoire de l'Algérie indépendante et la vie politique a, de tout temps, été sous tutelle de l'armée. Aujourd'hui encore, le fait que le journal de la chaîne publique s'ouvre avec un chef militaire faisant la tournée des casernes montre que l'on est dans une militarisation avancée au moment où le peuple réclame le recouvrement de sa souveraineté", a-t-il souligné ajoutant qu'il faut aussi en finir avec le caractère néopatrimonial de l'Etat qui a permis l'irruption du privé dans les institutions, que la politique devienne un moyen d'enrichissement et aussi l'instrumentalisation des institutions et même des partis politiques.Concernant le troisième fondement du système, Hamou Boumedine estime que l'on est obligé de sortir de l'architecture héritée de l'Etat colonial et revoir la nature de l'Etat et surtout l'adapter à la diversité algérienne. "Sinon, on risque de rester toujours dans un système de domination", a-t-il prévenu tout en soulignant qu'"il ne faut pas oublier que c'est le jacobinisme qui est devenu une exception dans l'organisation d'un Etat et non le fédéralisme et les autonomies régionales". Mais pour le coordinateur du RPK, cette déconstruction ne peut se faire qu'en faisant la jonction entre le mouvement populaire et une feuille de route politique qui consacre l'union des forces démocratiques autour d'une transition ouverte et qui, ainsi, deviendra capable d'imposer un rapport de force.
Samir LESLOUS
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Samir Leslous
Source : www.liberte-algerie.com