Rencontrée en marge de la journée de capitalisation organisée dimanche au siège de l'APW de Tizi Ouzou, Mme Ouiza Kebbas, présidente de la Ligue de prévention et de sauvegarde de la jeunesse et de l'enfance (LPSJE) n'a pas caché sa grande déception après l'adoption par l'APN de la nouvelle loi relative aux associations. Elle explique dans cet entretien que la ligue qu'elle préside, une dynamique organisation, est simplement menacée de disparaître.
Le Temps d'Algérie : La LPSJE organise la journée de capitalisation. Quels sont les objectifs assignés à cette journée '
Ouiza Kebbas : Cette activité s'inscrit dans le cadre du travail que notre ligue a entamé depuis sa création en 1995. A la fin de cette année 2011, il y a plusieurs projets qui prendront fin. C'est aussi une occasion pour rendre visibles et vulgariser les activités de la ligue qui a franchi, faut-il le dire, un pas considérable dans la réalisation des objectifs assignés par ses statut.
Quels sont justement les grands axes de travail de la LPSJE '
Notre association s'est investie depuis longtemps dans trois axes que nous avons jugés essentiels. Il s'agit d'abord du volet prévention, à travers des campagnes de sensibilisation sur les droits humains, la lutte contre la violence, en général, et à l'égard des femmes, en particulier. Des conférences, des cours de sensibilisation et des groupes de paroles ont été formés.
En second lieu, il y a le volet prise en charge qui consiste en la prise en charge psychologique de jeunes et moins jeunes et de femmes victimes de violence et autres fléaux sociaux, mais aussi une assistance juridique gratuite pour ces victimes si elles sont dans le besoin.
La prise en charge est assurée par des psychologues et des avocats. Des consultations individuelles sont assurées au niveau de notre siège.
La formation est l'autre volet de notre travail. Des cycles de formation portant sur «la violence fondée sur le genre», «la gestion positive des conflits», sont offerts à l'adresse des associations, journalistes, étudiants ainsi qu'aux professionnels de la ligue. Elles sont assurées par des experts en la matière. Il y a aussi les projets montés par l'association.
Des exemples de projets '
Ils sont en majorité financés par des partenaires étrangers, à l'instar de la Commission européenne, le Comité international de soutien aux populations (CISP) et d'autres ONG internationales. «Renforçons nos capacités pour mieux agir»,
«Ensemble pour l'égalité et contre la violence», ainsi que le centre Repère-Lewhi sont parmi les projets réalisés. Le centre Lewhi est aussi réalisé grâce au soutien du défunt P/APW Aïssat Rabah, à qui je rends un grand hommage. Grâce à ces projets, pas moins de 60 postes d'emploi entre salariés et ceux du régime indemnitaire, ont été créés. Avec la fin des projets, ces postes ont disparu. Les concernés deviennent ainsi chômeurs. C'est pour cela que je profite de l'occasion pour interpeller les autorités locales à nous prêter main forte pour maintenir notre travail.
Pourquoi n'êtes-vous pas soutenue par l'APC '
Laissez-moi vous dire que notre P/APC ne sait même pas qu'un centre d'une telle importance existe dans la commune qu'il gère. C'est grave. Notre centre est le seul au niveau national, et qui, malheureusement risque de disparaître si des financements ne sont pas assurés dans l'immédiat.
En parlant de financement, une nouvelle loi relative aux associations vient d'être adoptée à l'APN. Quelle est votre réaction en tant que concernée '
La nouvelle loi est restrictive. Je regrette que nos députés aient cautionné une démarche pareille visant à couper les sources de financement pour un grand nombre d'associations très actives. Pour la LPSJE, à la fin de mon mandat en 2012, je demanderai la dissolution de la ligue si nous n'arrivons pas à trouver des sources de financement afin de maintenir notre travail.
La majorité de nos projets sont financés à 80%, voire à 90% de leur coût. Il ne nous restait d'habitude qu'à trouver les 20 ou 10%. Maintenant ça ne sera plus le cas ! En plus, j'aimerai bien ajouter une chose.
Allez-y !
L'Algérie a ratifié plusieurs conventions internationales, donc elle verse chaque année des sommes colossales, chiffrées en millions de dollars. On est en droit de récupérer l'argent versé par notre pays. Ce n'est pas de l'aumône. Il faut savoir profiter de cet argent destiné aux associations. Pourquoi en Tunisie et au Maroc, ce sont les autorités qui encouragent les associations à tirer profit des financements étrangers, en leurs assurant les 20 ou 10% qui manquent à leurs budgets ' On doit travailler pour l'intérêt du mouvement associatif, non pas contre !
A vous entendre, avec l'adoption de cette loi, la LPSJE est sérieusement menacée '
Oui, elle l'est ! Le contrôle des associations par le ministère de l'Intérieur, qui soumet tout financement à son approbation, causera d'énormes problèmes. Il faut reconnaître que notre administration est lente. Les appels d'offres étrangers sont soumis à des délais, en plus des démarches auprès du département de l'Intérieur. Nous serons inévitablement en retard.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Aissa Moussi
Source : www.letempsdz.com