Hier, les rues de Tizi Ouzou, de Béjaïa, de Bouira et de Boumerdès ont vibré, comme seul tamazight sait les faire vibrer. Des dizaines de milliers de personnes, de tendances politiques différentes, voire inconciliables sur certains dossiers, ou carrément sans attache partisane, ont marché épaule contre épaule. Elles ont scandé à gorge déployée le slogan fétiche de toute une région pour porter haut cette revendication relayée de génération en génération : l'officialisation de tamazight. 'Que reste-t-il du 20 Avril '", aimaient à s'interroger certains, insidieusement. Hier, la Kabylie a définitivement enterré ce funeste quiproquo sciemment entretenu des années durant en infligeant une réponse cinglante à cette question tout aussi funeste.
De Béjaïa à Boumerdès, en passant par Tizi Ouzou et Bouira, et jusqu'à Alger où la police a empêché une manifestation pacifique initiée par des étudiants, la réponse a été assenée dans la rue par ce que les observateurs ont qualifié de 'démonstration de force". Mais plus qu'une démonstration de force, c'est la preuve de la vitalité intacte de l'esprit du 20 Avril 1980 qui vient ainsi d'être administrée à ceux qui misaient sur le temps, l'argent, la pollution politique et une certaine clientèle locale pour brouiller à jamais ce repère fondamental qui éclaire la voie à suivre. Mieux, c'est un rendez-vous avec l'Histoire que la Kabylie a honoré, hier, trente-trois ans après le Printemps amazigh.
Car, pendant que le pouvoir s'essayait à étouffer une revendication légitime et démocratique, puis à la réprimer et, enfin, à la dénaturer et à la manipuler en recourant à la man'uvre dilatoire et à l'achat de consciences, l'Histoire, elle, faisait son chemin. Pendant ce temps aussi, le combat identitaire gagnait d'autres contrées comme la Libye et le Maroc où les militants de la cause reconnaissent que le 20 Avril 1980 était à l'origine d'une prise de conscience dans leurs pays respectifs. Pendant ce temps, enfin, de nouvelles générations de militants ont persévéré sur les traces de leurs aînés, au prix d'énormes sacrifices.
Au Maroc, la langue amazighe est désormais officielle. En Algérie, l'on s'attelle à une énième révision de la Constitution. Le pouvoir osera-t-il assumer le paradoxe d'une situation où la langue maternelle de millions de citoyens algériens, reconnue officielle ailleurs, serait encore frappée d'ostracisme chez eux ' Une chose est sûre, et la Kabylie l'a clairement signifié hier : elle n'acceptera pas un tel affront.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Saïd Chekri
Source : www.liberte-algerie.com