Tizi-Ouzou - A la une

Au c'ur de la bataille contre les pénuries



C'est dans le quartier général des grossistes en agroalimentaire, situé à la sortie sud-ouest de la ville de Tizi Ouzou, que se joue essentiellement, depuis plusieurs semaines, l'autre bataille menée à l'ombre du coronavirus. Il s'agit de la bataille contre la pénurie en produits alimentaires. Devant l'un des commerces, nous rencontrons Samir Djebbar, grossiste et coordinateur local de l'Union des commerçants.Debout depuis 7h du matin, il veille à ce que tout soit bien organisé. Bavette, téléphone portable collé à l'oreille et bon de commande à la main, il dicte à ses employés quoi et qui servir en premier. "Avant tout, c'est un travail de groupe et une question d'organisation. Il faut veiller à ce que tout marche normalement pour éviter l'anarchie, car en plus de servir nos clients, nous recevons, en même temps, des camions que nous devons décharger au plus vite.
Et pour cela, une bonne organisation s'impose", nous explique-t-il entre un va-et-vient dans ses locaux. "Pour nous faciliter un tant soit peu les choses, nous avons demandé à nos clients de transmettre leurs commandes par téléphone. Une fois préparées, nous rappelons les clients pour venir les récupérer. Cela évite aussi que les clients se déplacent à la fois et forment, ainsi, ici des foules susceptibles de constituer un foyer de contamination", poursuit-il.
Bataille contre les pénuries alimentaires
Faire face à la pénurie n'est pas une sinécure, a expliqué Samir Djebbar. "Nous risquons d'y faire face quand même", prévient-il. Pour cause, argumente-t-il, les citoyens recourent au stockage des denrées alimentaires de manière anarchique. "Nous vivons une forte pression car les citoyens ne savent pas combien la situation va durer et, face à cette incertitude, ils font des stocks pour de longues durées, de véritables stocks de guerre pouvant tenir six mois.
Cela est d'évidence anormal à mon sens, car ils contribuent, de cette manière, à la création de pénuries évitables à l'origine", a affirmé Samir.
Pour illustrer la situation, il nous invite à visiter ses entrepôts où une série de produits fabriqués la veille se retrouvent, le lendemain, chez lui. "C'est dire que les usines n'ont plus de stocks. Elles ont tout épuisé. Tout ce qui est fabriqué est directement écoulé sur le marché."
Quant à la pénurie de semoule, Samir affirme que "Tizi Ouzou reçoit chaque jour son quota de semoule mais les citoyens recourent aux mêmes pratiques de stockage". En plus d'assurer le bon fonctionnement de son commerce, Samir Djebbar est sollicité, comme tous les autres commerçants, à contribuer dans les actions caritatives. Et, pour cela, et en tant que coordinateur de l'UGCA et président du collectif des grossistes, il a le devoir, dit-il, de répondre à ces sollicitations.
"Nous devons être solidaires", a-t-il affirmé, en rappelant qu'il s'agit là d'une valeur ancestrale à laquelle tout le monde reste attaché dans la région. "Tous les grossistes sont sollicités pour apporter leur contribution, et c'est généralement le soir qu'on trouve le moment de tout organiser", dit-il, non sans souligner que le collectif des grossistes pour le développement (CGD) a déjà participé à trois actions de solidarité, dont la première a été menée avec la direction de l'action sociale et la deuxième au profit du collectif SOS Kabylie et de la JSK.
Au total, nous a expliqué Samir Djebar, 69 grossistes regroupés en SPA, avec un capital social de 40 millions de dinars, contribuent à ces ?uvres caritatives en ces temps de crise sanitaire. "Avec cette SPA, nous ambitionnons de créer, à l'avenir, un marché de gros à Tizi Ouzou pour contribuer à mieux organiser le commerce. C'est-à-dire mettre fin à la spéculation en permettant une traçabilité des produits, et aussi avoir un stock nécessaire afin d'éviter les pénuries et de faire face à de telles situations de crise", a-t-il expliqué.
Les commerçants impactés par la crise
Contrairement à l'idée répandue que la crise sanitaire actuelle profite aux commerçants, Samir Djebbar fait plutôt montre d'inquiétude quant au devenir de la majorité des commerçants. Il tire même la sonnette d'alarme. Pour lui, s'il est vrai que les commerces de produits alimentaires sont ouverts, tous les autres commerces ont baissé rideau. "En tant que coordinateur de l'Union générale des commerçants de Tizi Ouzou, je reçois chaque jour des appels des commerçants dont les magasins sont fermés.
Ces derniers n'arrivent plus à surmonter la crise qui impacte directement leur activité et qui risque aussi d'avoir de lourdes répercussions sur leurs employés", a-t-il mis en garde. "Ces commerces ont des employés qui vivent de leur emploi. Comment vont-ils faire pour assurer leur salaire '" s'interroge-t-il, non sans appeler à l'implication de l'Etat.
"L'Etat doit étudier le cas de ces commerçants. Ils sont déjà déficitaires et ne savent plus à quel saint se vouer. Comment vont-ils encore assurer le paiement des impôts et des cotisations Casnos ' Ce sont des questions que les pouvoirs publics doivent étudier car beaucoup de commerces risquent de fermer", a estimé Samir Djebbar.

K. Tighilt
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