Harraga et kamikazes, la vérité est ailleurs
Au moment où se déroulait, cette semaine, la rencontre gouvernement/walis sur la jeunesse, est tombée l’information annonçant que les forces de sécurité ont réussi à faire avorter les préparatifs de ce que certains ont présenté comme un «congrès», qualifié d’important, de l’ex-GSPC, dans une forêt de la commune de Boudjima (nord-ouest de Tizi Ouzou).
La rencontre des cadres de l’Etat au Palais des nations, axée sur le thème de la jeunesse, a abordé et a même été dominée par le problème de l’émigration illégale des jeunes (harraga) et celui des premiers «kamikazes» par lesquels l’ex-GSPC a marqué dans le sang son irruption en tant que filiale d’Al-Qaïda, en s’attaquant aux plus grands symboles de l’Etat (Palais du gouvernement et la personne du président de la République), mais aussi contre les forces de sécurité (Bab Ezzouar, Lakhdaria, Dellys) et entre-temps à des ressortissants étrangers (Lakhdaria). Le conclave avorté de Boudjima devait, à ne pas en douter, entre autres, être centré sur ce même phénomène. C’est dire que le sujet est devenu une question centrale de l’heure, mais qui des deux, l’Etat ou le terrorisme, dans une course contre la montre, aura le dernier mot?
S’il n’y a rien à attendre du côté de l’organisation terroriste en tant que telle et de ses dirigeants malgré les mains tendues de toute la nation et ses offres infiniment généreuses de «réconciliations», et encore moins de ses commanditaires actuels regroupés au sein de l’organisation de Ben Laden, la balle reste exclusivement dans le camp de l’Etat et ses institutions. Comme du reste, elle l’a toujours été. C’est à lui et lui seul -le président de la République l’a souligné- qu’incombe la responsabilité des problèmes de toutes sortes que vit la jeunesse particulièrement. Les jeunes, citadins et ruraux, filles comprises, dans leur globalité dont certains dirigeants du pays voient en eux aujourd’hui un «affaiblissement du sentiment patriotique» ont, dans toutes les régions du pays, au plus fort du terrorisme, dans les années 1990, créé des encombrements devant les bureaux de recrutement de l’armée, la police, la gendarmerie, la garde communale pour combattre le terrorisme. Ils se sont même faits «Patriotes». Au plus fort de la «tragédie», ils ne se sont pas bousculés pour devenir «harraga» et pour fuir le pays mais pour contribuer à la défense de la Patrie. Le gros de ceux qui combattent aujourd’hui le terrorisme était encore à l’école primaire quand l’Etat et son pouvoir, et leurs calculs politiciens, ont accordé son agrément au FIS et officialisé son idéologie qui est aujourd’hui celle de ceux qui se font «kamikazes». Le phénomène des harraga, comme celui des kamikazes, n’est pas un problème de la jeunesse mais celui de l’Etat et de sa politique et son devoir envers elle. En construisant des écoles, par exemple, l’Etat ne règle pas un des problèmes des jeunes mais celui de l’instruction publique dont aucun pays ne peut faire l’économie. D’autant qu’au même moment, et après, un livre, de par son prix, devient un produit de luxe. Un ordinateur, inaccessible. Un boulot, hypothétique. Un logement, impossible à obtenir. Un loisir, aléatoire. Un voyage, utopique. Un mariage, improbable. Dans cette situation, les jeunes n’ont pas de problèmes avec leur pays dont il n’y a pas un seul qui ne soit fier de sa beauté paradisiaque, de sa situation géographique, de ses ressources naturelles. Leurs problèmes sont avec ceux qui en détiennent les rênes du pouvoir à tous les niveaux et dans tous les secteurs et qui, pour tout modèle de conduite, ne leur offrent rien d’exemplaire. D’autant que le jeune, c’est connu, est exigeant et ne fait pas de la patience une vertu surtout quand il constate que celle de ses parents n’a pas été payante. C’est ce qui pousse le jeune à voir en son pays, de moins en moins, une patrie à chérir et, de plus en plus, un étouffoir à fuir. La «harga» tout comme l’option «kamikaze» lui offrent cette malheureuse possibilité. Pourtant risquée et ne menant nulle part. Les jeunes harraga ou kamikazes ne fuient pas leur pays, mais ce qu’il leur offre. Et celui qui refuse de chevaucher la mer ou de se faire exploser n’est pas pour autant satisfait de sa vie. Il se bat seulement, tous les jours, pour garder espoir. Celui de voir ceux qui ont la destinée de l’Algérie entre leurs mains être à la hauteur de ce mérite.
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Posté par : sofiane
Source : www.voix-oranie.com