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AMENAGEMENT LINGUISTIQUE DE TAMAZIGHT L'université de Tizi-Ouzou relance le débat



Coincée entre des approches institutionnelles volontaristes et ponctuelles et des contraintes liées à une réalité anthropologique et historique contraignante, tamazight reste encore, plus d'un quart de siècle après son introduction dans les systèmes d'enseignement universitaire et scolaire, en quête d'une politique d'aménagement linguistique, d'une mise à niveau technique de ses différentes composantes sur les plans, notamment, du lexique, de la terminologie et de la graphie.
Dans un ensemble linguistique éclaté en diverses aires dialectales, ce travail de normalisation, d'harmonisation des méthodes et des approches n'est, visiblement, pas à l'ordre du jour, en raison de l'absence d'une volonté politique. Partant de ce constat, les organisateurs du colloque tenu du 12 au 14 mars derniers à l'université de Tizi-Ouzou, à l'initiative du département de langue et culture amazighes et du laboratoire de l'aménagement et de l'enseignement de la langue amazighe de la même université, ont invité des universitaires du Maroc, de Suisse, de France, d'Espagne et des enseignants-chercheurs de plusieurs universités algériennes pour faire le bilan et l'examen prospectif des recherches consacrées à l'aménagement de la langue amazighe. Une revendication qui reste encore inaboutie, bien qu'elle soit posée avec insistance et depuis de nombreuses années par les militants de la cause identitaire ainsi que par les spécialistes des questions linguistiques et didactiques. «Les travaux réalisés dans le domaine académique ou émanant de recherches personnelles d'enseignants ne sont ni exploités ni diffusés et restent, par conséquent, inconnus», lit-on dans le document exposant les motifs et les objectifs du colloque. La dynamique institutionnelle qui devait être amorcée à la suite de la reconnaissance constitutionnelle du statut national de la langue amazighe et son introduction dans les systèmes éducatif et de l'information et de la communication (télévision et radio) est restée au stade de vœu pieux. Dans le domaine de l'enseignement de la langue amazighe qui reste circonscrit aux seules wilayas amazighophones, on assistera à une forme de volontarisme dans le choix d'un schéma didactique pour l'enseignement de cette langue pour des locuteurs qui en sont natifs. Pour Amar Nabti de l'université de Tizi-Ouzou, «il y a irruption brutale de l'UD (Unité didactique) dans le champ de l'enseignement de tamazight.» Dès les premières années de l'enseignement de cette langue, le choix a été porté sur un schéma didactique en vogue, à l'époque, l'unité didactique qui est une méthode «lacunaire» et inappropriée, car, en plus de limiter les compétences et les possibilités créatives de l'apprenant, qui n'explore pas les diverses facettes et fonctions et ressources intrinsèques à la langue, tamazight, en l'occurrence, enseigné à ses propres locuteurs, fera observer le conférencier et enseignant de didactique à l'université de Tizi-Ouzou. Dans sa communication intitulée «Linguistique de l'usage et aménagement : une relation pas toujours sereine» qui, tout en abordant quelques aspects de l'expérience marocaine dans le domaine de l'aménagement linguistique de tamazight, l'universitaire marocain Miloud-Taïfi mettra en garde contre «les effets pervers de l'aménagement linguistique non contrôlé». L'enjeu pour tout aménageur est de tenir compte de la réalité de la langue, entité sociale vivante «qui n'existe que par l'usage qu'en font ses locuteurs», selon l'universitaire marocain. Son compatriote, Mohyebdine Benlakhdar de l'université de Fès, abordera la problématique de la diversité anthropologique et de l'aménagement linguistique en milieu berbère au Maroc. Le conférencier s'intéresse ici aux contraintes inhérentes à la multiplication des aires dialectales et l'éclatement des parlers amazighs dans le travail de l'aménagement à travers le prisme institutionnel, autrement dit, de la politique adoptée par la partie aménageante.
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