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AHSÈNE TALEB, LE MILITANT INTREPIDE DE LA CAUSE AMAZIGHE



Convaincu de la nécessité d'un changement en Algérie, il avait subi de plein fouet, de longues années durant, la crise identitaire en s'opposant à tous les opportunistes qui s'arrêtaient aux frontières de leur allégeance à la dictature et au despotisme.Ahsène Taleb, l'un des intrépides militants de la cause Amazighe, "élève" authentique du défunt Hocine Aït Ahmed, nous quittait à jamais il y a six ans, le 31 mai 2015, à quelques mois de son 60e anniversaire. Natif du village Ath Avdhelmoumen, dans la daïra des Ouadhias, à Tizi Ouzou, en date du 18 janvier 1955, Ahsène devait s'éloigner très jeune du giron familial quand, en 1972, il fera son entrée au lycée Amirouche de Tizi Ouzou, puis au lycée technique d'Etat de Dellys, où il fut lauréat émérite du baccalauréat en 1975.
Un sacre qui lui ouvrira les voies pour bénéficier d'une bourse d'études qui le mènera à l'Ecole polytechnique de Montréal, où il obtient son diplôme d'ingénieur en mécanique en 1980. Durant la même période, il a adhéré à la création de la première association socioculturelle berbère du Canada, à Montréal.
En 1983, il signera son retour au bercail pour occuper le poste d'enseignant en sciences physiques à l'université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou, où il se consacrait, en parallèle, aux activités du Mouvement culturel berbère, dont la revue Thafsuth, éditée durant l'ère "dictatoriale", dont plusieurs numéros ont été tirés clandestinement chez lui, à Ath Avdhelmoumen.
Défenseur érudit de la liberté d'expression et du combat identitaire, il sera, en 1989, le principal organisateur du 2e séminaire du Mouvement culturel berbère (MCB). Ayant collaboré à la confection du dictionnaire général informatisé de la langue berbère, Ahsène Taleb est l'auteur d'un lexique français-berbère de technologie.
En 1996, il quitte de nouveau le pays pour s'installer en France pour une carrière d'enseignant en sciences physiques avec, en parallèle, une inscription en 3e cycle de linguistique berbère à l'Inalco de Paris, se spécialisant dans les locutions kabyles. Le 31 mai 2015, son destin s'arrête à l'hôpital Casanova de Saint-Denis, en France, suite à une maladie qu'il traînait depuis trois ans.
"Je suis natif d'un village écarté, mais historique, de la haute montagne, issu d'une vieille race qui, depuis des millénaires, n'a pas cessé d'être là, avec les uns et les autres, qui a, sous le soleil ou la neige, à travers les sentiers et les maquis, déroulé sa saga, ses épreuves et ses fastes, en contribuant à l'histoire de diverses façons à rendre plus humaine la vie des hommes", nous disait-il quelques mois avant son départ.
"Par ses mots, ses écrits ardents, ses apostrophes, il a régénéré les silhouettes comme il a offert des visages précis à ces ombres rejetées le plus loin possible des cités où les hommes et les femmes se cachaient derrière les rideaux", témoignait l'auteur-éditeur Ramdane Achab, en parlant de lui et de son livre, édité à titre posthume, Ayt Abdelmoumen, Repères historiques, lors d'une manifestation organisée par les comités de son village pour lui rendre hommage et qui avait connu la présence de plusieurs personnalités du mouvement culturel et des droits de l'Homme, à l'image de feu Ali Yahia Abdenour et de Saïd Chemakh.

SALEM REMANE
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