S'il reste une seule personne après le déluge et qui lira mon livre, je serais l'homme le plus heureux du monde'», disait en substance l'écrivain, Alberto Moravia, en 1960, quand ses amis, inquiets de l'évolution technologique, pensaient bien l'alerter sur la télévision qui allait bouffer le livre.Une citation que fait sienne Bouziane Ben Achour, homme de 15 pièces de théâtre, 9 romans, 3 essais, lauréat du prestigieux prix littéraire Mohammed Dib en 2011 et plus de 3 ans dans la presse écrite. Une carrière et un parcours d'intellectuel passés en revue, jeudi à l'hôtel Ziri de Ghazaouet, dans une soirée culturelle organisée par les associations Ad Fratres et Les amis du livre. S'il est vrai que le paysage culturel national est en déphasage avec les réalités de la société, comme il le dit si bien, Bouziane, sans fioritures, concède avec assurance que «l'écriture demeure un perpétuel engagement, une résistance»' et une passion que ne pourront faire disparaître ni la technologie, ni la médiocrité, encore moins les esprits mercantilistes.
Dix années de solitude sera adapté au cinéma par Cheïkh Djemaï
S'inspirant de ses expériences de journaliste sur le terrain, Ben Achour donne libre cours à son imagination et se fait plaisir dans ses 'uvres, il déclare : «la durée de vie d'un reportage est éphémère ; tandis que dans le roman, j'ai tout à moi, j'ai toute emprise sur l'espace». L'auteur de Dix années de solitude (livre qui va être adapté au cinéma par le réalisateur franco-algérien Cheïkh Djemaï) confesse que «c'est le théâtre qui m'a ouvert les portes du journalisme», mais il faut reconnaître aussi que le journalisme l'a amené vers le roman. D'ailleurs, sa dernière fiction, Kamar, (pour ne citer que celle-là), qui paraîtra en Algérie très prochainement, a été inspirée lors d'une de ses couvertures journalistiques, dans une bourgade, près de Tissemsilt.
En fait, un fait banal, à première vue, mais qui a donné naissance à une 'uvre époustouflante. Un témoignage d'une période noire où'paradoxalement, la poésie, quoique mue par la douleur, survivait en dépit de tout. Et l'auteur, avec toute sa sensibilté, ne pouvait laisser se «faufiler» en catimini cette étincelle, cette foi en la vie. A une question sur la crise du texte, le dramaturge s'en défend. Contestant ce «prétexte» il dit simplement que «c'est une échappatoire non argumentée, c'est la facilité et la médiocrité qui font penser à cette soi-disant ''pénurie'' de texte». Se basant sur son expérience d'homme de lettres prolixe, il confirme que «dans l'écriture, l'inspiration ne représente qu'un pourcentage très réduit, l'écriture c'est des techniques, des matériaux, tout un art'».
Et le talent, il en a. Depuis Le pêcheur de sel, pièce marquant le prélude d'une carrière riche, jusqu'à Kamar, son dernier roman, BBA est resté égal à lui-même. Témoin de son époque, loin d'être un écrivain de l'urgence, comme Yasmina Khadra, le plus connu de nos romanciers contemporains à succès, Bouziane ne se précipite pas, il s'accorde du recul, s'extirpe des influences, pour nous mettre en face de notre histoire, de nos histoires' avec un style et une narration captivants'
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Chahredine Berriah
Source : www.elwatan.com