A cause d'une bureaucratie aveugle et l'absence de coordination entre les différents services concernés, une petite société génératrice de 15 emplois, à peine née, doit aussitôt disparaître.
Créée dans le cadre du dispositif Ansej, la seule société de taxis de Sétif est mise en faillite. Ne comprenant pas cette mesure, le jeune Amine DJ., son propriétaire, qui n'a toujours pas reçu de notification, interpelle les pouvoirs publics. Il explique : «Le 15 avril 2009, je sollicite la direction des transports de Sétif pour connaître les conditions de création d'une société de taxis service. Je reçois une réponse positive trois jours après. En mars 2011, le financement du projet chapeauté par l'Ansej est débloqué. Dix voitures sont dès lors commandées. Au mois d'août 2011, une commission de l'Ansej qui n'a ménagé aucun effort pour m'accompagner, procède au contrôle des véhicules. Elle me délivre un document m'autorisant à entamer l'activité à partir du 4 octobre 2011. Sollicitée pour un agrément qui ne me sera délivré que le 8 mars 2012, la direction des transports m'oblige à doter mes véhicules de compteurs, alors que les autres taxis de la wilaya n'en disposent pas. Pour l'acquisition d'un tel outil, j'ai dû contracter un autre prêt de 340 000 DA, l'installation d'un tel équipement nécessitant une autorisation de la direction précitée. Celle-ci appose un refus, prétextant que cette procédure n'est pas de son ressort. Dire qu'elle est appliquée à Alger, Laghouat, Aïn Defla, Blida, et Tipaza (des documents présentés font foi).»
Les croche-pieds de la bureaucratie causent moult désagréments au jeune investisseur, qui ajoute : «En plus du manque à gagner, la bureaucratie me fait perdre des mois d'assurance de voitures et une période (déféré) de payement du prêt de 7 millions de dinars. Pis encore, la direction des transports de Sétif qui ne m'a toujours pas affecté des numéros qu'un taxi doit arborer sur les portières avant, m'interpelle à travers la correspondance du 6 mars 2012 (trois jours avant le lancement officiel de mon activité) pour graver des numéros que je n'ai pas reçus. Au lieu de faciliter la tâche à un jeune investisseur, l'administration susnommée me harcèle. En septembre 2012, elle revient à la charge afin que je dote mes véhicules de radios ou de téléphones portables à acheter auprès d'un opérateur de téléphonie bien déterminé. Je ne pouvais répondre positivement sachant que ma jeune et petite entreprise n'avait pas les moyens financiers pour un abonnement de 500 000 DA.» Et de poursuivre : «A ma connaissance le code de la route interdit l'utilisation du téléphone portable durant la conduite. Concernant les radios, d'un coût de 1,65 millions de dinars, je ne pouvais les installer sur des taxis dépourvus de numéros. Pour pouvoir se doter d'un tel équipement par le biais de l'Ansej, un délai d'exercice de 3 ans est exigé (dossier de développement de l'activité). En décembre dernier, et à mon grand désarroi et celui des 15 agents mis au chômage pour rien, les services de police procèdent au retrait des documents des véhicules.»
Ce jeune propriétaire affirme que pour connaître les raisons d'une telle procédure, le 8 janvier de l'année en cours il s'est présenté devant l'officier en chef de l'unité de la circulation routière auprès de la sûreté de wilaya. «Mon interlocuteur m'informa que ses services n'ont fait qu'appliquer le contenu de la correspondance de la direction des transports (n°10968 du 10 décembre 2012). Cinq jours après et afin de reprendre l'activité, je sollicite par voie d'huissier de justice le directeur des transports qui appose un niet catégorique. Le 20 février dernier, je demande par voie de huissier de justice une copie de la décision de suspension, en vain. Le 12 février 2013, je fais appel au wali pour arbitrage. Aucune réaction. Je profite d'une telle opportunité pour interpeller son Excellence le Premier ministre pour qu'il mette fin à un arbitraire ne disant pas son nom, d'autant plus que nous n'avons commis aucune infraction devant faire l'objet d'une sanction du wali (1er degré) ou du 4e degré du ressort du ministre des Transports.
On doit aussi savoir que nous étions la première société de taxis en Afrique à travailler avec le système de géolocalisation par GPS et GPRS. Nos courses étaient mémorisées dans notre ordinateur central. Dommage, on a cassé une société rentable, sachant qu'après seulement 8 mois d'exercice, nous avons pu rembourser 20% du prêt soit 1,4 million de dinars», dira, non sans amertume, l'investisseur qui compte vendre ses voitures. Pour connaître le son de cloche de l'administration, nous avons pris attache par téléphone avec le directeur des transports, qui réfute : «Nous n'avons fait qu'appliquer la réglementation en vigueur. Nous n'avons aucun problème avec cet investisseur qui doit doter ses véhicules de push to talk», dira t-il.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Kamel Beniaiche
Source : www.elwatan.com