Tipaza - A la une

Avec pelle et brouette



Avec pelle et brouette
Obligations - Sans instruction et sans vrai métier, ils sont obligés d'accepter les conditions du chef.
Mahmoud est un jeune homme de 25 ans. Il est, depuis plusieurs années, man'uvre dans un chantier du bâtiment de la wilaya de Tipaza, une ville qui est devenue un véritable chantier de construction. Eté comme hiver, il est invariablement sur son lieu de travail, à s'escrimer avec pelle, brouette et béton. A des heures où d'autres sont encore en train de dormir ou bien installés chez eux, lui trime comme un galérien.
Originaire de Tiaret, il dort dans une bicoque du chantier. Nous l'avons rencontré, durant ce ramadan, avec d'autres compagnons, après le f'tour, devant leur baraque de fortune, à l'est de la ville. Ils venaient juste de rompre le jeûne dans un restaurant de la Rahma. Mahmoud parle de son quotidien avec une immense amertume : «Nous, les ouvriers des chantiers, nous n'avons pas de répit pendant le mois sacré.
Si nous voulons gagner notre vie, nous devons mettre de côté toute velléité de plaisir pour nous consacrer à notre travail. Un labeur dur, harassant, presque inhumain, mais on fait avec, c'est comme ça.» Autrement, sans instruction et sans vrai métier, Mahmoud et ses compagnons qui n'ont que leurs bras à louer pour vivoter, restent sur le carreau de l'existence... «Sinon, dira Mahmoud, pour des gens comme nous, les perspectives ne sont pas nombreuses. Entre voler ou tendre la main, le choix est vite fait. Moi, je ne peux faire ni l'un ni l'autre. Alors, je trime pour 900,00 dinars la journée !» Cela passe pour les jours ordinaires, mais pour le ramadan, les réveils impossibles, les repas inconsistants, la fatigue ' Mahmoud dira, alors : «C'est très dur, mais on s'habitue, c'est tout !» Pour lui et ses compagnons, les journées de galère commencent à 8h 30 et se terminent vers 16h, tous les jours, sauf le vendredi.
Le s'hour se prend vers minuit dans les gargotes de la cité et, tout de suite après, c'est la dormette. «On ne veille pas tard pour pouvoir nous réveiller à 7 heures ' à l'heure où la plupart sont encore à digérer en se retournant dans leur lit ' et attaquer une dure journée de labeur, faite de coulées de béton, de faim et de soif. Parfois, le matin, quand le réveil est difficile, j'ai envie de pleurer, tellement les choses me semblent dures, injustes mais, tout de suite, je reprends mes esprits en repensant à mes parents qui attendent mes mandats et tout rentre dans l'ordre. De toute manière, le seul reproche que je me fais, c'est d'avoir arrêté prématurément mes études, et je n'ai pas pensé à suivre une formation professionnelle. Maintenant, c'est trop tard car je dois bientôt, me marier, et il faut que je ramasse le maximum d'argent pour cela. Je n'ai plus de temps à perdre... »
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