
L'homme face à la caméra énumère les noms de huit membres de sa famille, dont il est sans nouvelles.Nous sommes en 2009 et Amar Bendjedda, journaliste à la Télévision algérienne (ENTV), recueille son témoignage alors qu'il est en reportage dans les territoires sahraouis. Il ne sait pas encore que quatre ans plus tard, deux fosses communes seront découvertes dans la région d'Amghar par un berger, intrigué par la présence d'ossements humains apparus dans le désert à la suite de pluies torrentielles qui avaient frappé la région. «Au moment où j'enregistrais les propos de ce Sahraoui, je ne savais pas encore que les ossements de ses proches seraient un jour découverts dans deux fosses», raconte Amar Bendjedda, lequel décide alors de filmer les recherches qui sont entreprises par les experts espagnols. Il en tirera un documentaire (Aarch ala joutheth) de 52 mn qui sera diffusé demain à 21h sur la chaîne A3.«Il m'apparaissait urgent de montrer à la communauté internationale les exactions commises par le royaume chérifien au Sahara occidental», juge le journaliste. Quatre mois plus tard, une équipe d'investigation médico-légale basque était sur place, à Fadret Leguiaa, dans la région de Smara, en plein désert, à quelque 400 km des campements des réfugiés de Tindouf. L'équipe médicale répondait à la demande de l'Association des familles des prisonniers et disparus sahraouis (Afapredesa).D'ailleurs, pour l'Institut d'études sur le développement et la coopération internationale (Hegoa) et la société de sciences Aranzandi du Pays basque, qui ont conduit les recherches, ces huit personnes ont été exécutées de manière extrajudiciaire par l'armée marocaine en 1976. Grâce au témoignage d'un survivant, des papiers d'identité retrouvés sur place, des analyses balistiques et génétiques et les récits des témoins et des familles, les experts sont persuadés que «les victimes étaient des bédouins sahraouis, des civils, qui allaient chercher de l'eau dans un puits proche du lieu des événements, en plein désert, à 400 km de Tindouf», assure un membre de l'équipe médicale.Autre témoignage de Ali Saïd Da, un bédouin sahraoui qui avait 12 ans à l'époque des faits et qui raconte ce qu'il a vécu. Il a assisté à l'assassinat de ses deux compagnons qui se trouvaient avec lui. Il raconte : «Nous avons été arrêtés par l'armée alors que nous marchions. On nous a emmenés dans des véhicules. Puis ces derniers se sont positionnés en cercle et l'on nous a placés au milieu. Un soldat a demandé à l'un de mes codétenus où se trouvait le Front Polisario. Il a dit qu'il ne savait pas ; alors ils l'ont abattu. Ils ont fait de même avec mon autre compagnon. Quand est venu mon tour, un soldat m'a ordonné de dire ??Vive le roi !''. J'ai obéi et ils m'ont épargné.» On estime que quelque 400 Sahraouis ont disparu depuis 1975. Environ 80% de ces victimes l'auraient été durant les premières années de l'occupation militaire du Sahara occidental par le Maroc, entre 1975 et 1977, après le retrait de la puissance coloniale espagnole.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Salim Mesbah
Source : www.elwatan.com