Suite au rajout des noms des militaires sur des listes électorales dans la wilaya de Tindouf après la date butoir des inscriptions du 21 février dernier, la commission de supervision des élections a adressé un écrit au ministère de l'Intérieur lui demandant des explications sur «ces dépassements».
Après la date limite des inscriptions, 30 000 membres de l'armée nationale ont été rajoutés au fichier, doublant ainsi leur nombre qui passe à 60 000 dans cette wilaya. La commission avait été saisie par plusieurs représentants de partis politiques pour dénoncer ces écarts et une enquête a été lancée par la commission dans plusieurs autres wilayas du pays. Pour sa part, le ministère
de l'Intérieur a réagi à plusieurs reprises en précisant que ces nouvelles inscriptions s'inscrivent dans le cadre de la loi en vigueur et répondent à l'article 22 du code électoral. Les opinions divergent sur la question, certains partis parlent d'irrégularités et de fraudes au niveau des listes. D'autres se montrent plus compréhensifs et attribuent des circonstances atténuantes aux militaires qui travaillent dans des conditions difficiles et qui n'étaient pas prêts pour s'inscrire au moment opportun.
Le MSP condamne
Le Mouvement de la société pour la paix considère les inscriptions sur le fichier électoral après la date limite comme une entrave à la loi et un délit. Pour Naâmane Laouar, président du groupe parlementaire du MSP, «le corps militaire avait tout le temps de s'inscrire sur le fichier durant l'intervalle des dix jours entre le 11 et le 21 février de l'année».
Il trouve qu'il y a anguille sous roche dans ce type d'entrave à la loi et il s'interroge sur les réelles motivations de ces citoyens. S'agissant des justifications du ministère de l'Intérieur, M. Laouar rétorque en précisant que les extensions s'appliquent uniquement dans le cadre du recours pour ceux qui n'ont pas trouvé leur nom dans les listes après s'être inscrits.
«Il faut appeler un chat un chat et il s'agit bien là d'inscriptions hors délais et non de recours», indique M. Laouar. Il trouve que cette explication du ministère est «tirée par les cheveux» et estime que derrière ces rajouts se cachent des magouilles bien plus importantes. Sur un autre volet, il est judicieux de noter que l'inscription des militaires s'est faite par groupes, sans la présence des concernés et donc par l'intermédiaire de leurs chefs.
A ce propos, le représentant du MSP réagit en mentionnant que l'inscription sur les listes électorales est un acte citoyen personnel et individuel et non pas de groupuscules. Par ailleurs, la plupart des militaires qui se sont inscrits sur le fichier électoral de la wilaya de Tindouf sont inscrits dans leurs wilayas respectives et n'ont pas été radiés de leur fichier d'origine. A ce sujet, le MSP critique cette initiative doublement et maintient que ces militaires sont hors-la-loi du fait d'être inscrits sur deux fichiers différents et pour ne pas avoir respecté les dates prévues pour les inscriptions.
Ce parti a adressé une correspondance au ministère de l'Intérieur à laquelle il n'a pas encore obtenu de réponse. Pour eux, le ministère de l'Intérieur «est impliqué et c'est lui qui a contacté la structure militaire de Tindouf pour l'inscription de ses militaires sur les listes après les délais».
Le FNA parle de népotisme
Pour la formation de Moussa Touati, tous les Algériens sont des citoyens à part égale qui se valent tous et doivent respecter les lois de la même manière. «Les lois s'appliquent à tous les Algériens quels que soient leur catégorie sociale, leur rang ou leur fonction», s'exclame-t- il. M. Touati trouve «ce dépassement d'autant plus rédhibitoire qu'il est intervenu de la part des représentants de la loi eux-mêmes». «Le corps militaire algérien doit donner l'exemple en suivant les lois à la lettre ;
ces individus ne sont pas au-dessus des autres citoyens et c'est normalement à eux de veiller à ce que les lois soient respectées», dira-t-il. Le président du FNA qualifie ces actes de «violation de la loi» et de «falsification des listes» et appelle à des poursuites envers ces personnes. «Ces citoyens n'ont pas respecté la réglementation en vigueur et doivent faire l'objet de sanctions», propose-t-il. Il appelle à ce qu'il y ait «des poursuites judiciaires vis-à-vis de ces militaires vu qu'il s'agit bien de dépassements et que les preuves sont là».
Le FLN plus clément
Le porte-parole du Front de libération nationale (FLN), Kassa Aïssi, estime que cette démarche s'inscrit dans un contexte particulier car il s'agit de membres de l'Armée nationale populaire qui, cela dit, exercent dans des conditions extrêmes et ont donc droit à des traitements de faveur. «Les militaires font un travail difficile sur le terrain et n'ont pas forcément le temps d'aller se présenter dans leurs communes pour voter ; il est donc normal de leur accorder un délai supplémentaire», déclare M. Aïssi.
D'un autre côté, il juge que «les perturbations susmentionnées par les partis politiques ne sont qu'un prétexte pour entraver le processus électoral». «Ce rajout s'est fait dans le cadre de la loi», affirme le porte-parole du FLN. Pour ce qui est des justifications données par le ministère de l'Intérieur, M. Aïssi les considère valables et dira pour ceux qui ne sont pas satisfaits d'ester le ministère en justice.
En attendant d'avoir les arguments définitifs, les partis qui ont dénoncé cette entrave à la loi ont appelé à l'ouverture d'une enquête qui sera menée par la commission de supervision des élections et qui s'est élargie à plusieurs wilayas.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Cylia Lateb
Source : www.letempsdz.com