Le Polisario est satisfait, Paris regrette, Madrid veut une compensation et Rabat s'enflamme. Le refus des parlementaires européens de reconduire un accord de pêche entre l'Union européenne et le Maroc, dont le domaine d'application s'étendait jusqu'aux côtes sahraouies, suscite des réactions attendues et sans surprise. Les regrets de Paris sont ceux d'un gouvernement se voulant le «meilleur défenseur» du Maroc en Europe, qui peine à convaincre les eurodéputés de le suivre dans sa démarche d'occultation des intérêts du peuple sahraoui.
A l'évidence, le travail patient des organisations de la société civile qui dénonçaient l'extension de l'accord de pêche au large du Sahara Occidental, au mépris des intérêts de ce peuple et de la légalité internationale, a été entendu. C'est bien parce que les intérêts des Sahraouis ne sont pas préservés que les eurodéputés ont tiré un trait sur l'accord. Le fait que, selon un audit, cet accord de pêche ne soit pas rentable pour l'Union européenne, est accessoire. Les Espagnols, qui réclament une indemnité de 30 millions d'euros pour leurs pêcheurs, pratiquement les seuls concernés, confirment implicitement l'audit européen sur l'inefficience économique de l'accord.
Mais au fond, cet aspect a toujours été secondaire. L'accord a été perçu par le Maroc et avec le soutien de Paris et de Madrid comme une caution au fait accompli de l'occupation du Sahara Occidental. Le Polisario, fortement embarrassé depuis des semaines par l'affaire de l'enlèvement des trois Européens d'un camp de Tindouf, n'a pas tort de se réjouir en voyant dans la décision des eurodéputés de retoquer l'accord une « défaite juridique et politique» du Maroc. Et s'il faut chercher une preuve dans le fait qu'il s'agit vraiment d'une défaite, il faut la trouver dans la nature du communiqué des Affaires étrangères marocaines. La réaction véhémente au blocage d'un accord à portée économique marginale met clairement en exergue que l'aspect politique prime.
A l'évidence, Rabat est choqué de découvrir qu'à Bruxelles, et malgré un lobbying remarquable et le soutien de Paris, la question de la légalité de son occupation du Sahara Occidental est toujours posée. Et que la démarche qui consiste, avec l'aide des gouvernements «amis», à conclure des accords incluant le territoire sahraoui et à créer un fait accompli, ne fonctionne pas.
Personne ne peut donner crédit aux menaces marocaines de faire une réévaluation globale de ses relations avec l'Union européenne. Même si l'Europe traverse une mauvaise passe, son économie n'est pas dépendante du Maroc, l'inverse est vrai. Rabat n'est pas en mesure de jouer «l'économie» pour protester contre le revers politique qui vient de lui être assené par Bruxelles. Les déclarations sur une remise à plat des relations sont surtout destinées à la consommation politique interne.
Il est clair que Rabat continuera à compter sur des gouvernements européens «amis» pour redresser la barre, ce qui n'empêchera pas non plus des ONG de défendre le droit des Sahraouis. Les déclarations marocaines menaçantes à l'Europe seront sans lendemain. On est bien face à un échec de la diplomatie marocaine. Ce que les eurodéputés ont fait, c'est de dire simplement que la question sahraouie est toujours posée. Et qu'il n'y a pas de fait accompli.
-
Votre commentaire
Votre commentaire s'affichera sur cette page après validation par l'administrateur.
Ceci n'est en aucun cas un formulaire à l'adresse du sujet évoqué,
mais juste un espace d'opinion et d'échange d'idées dans le respect.
Posté par : presse-algerie
Ecrit par : M Saadoune
Source : www.lequotidien-oran.com