
Interrogé en marge de la cérémonie de lancement des travaux de construction du tronçon de route transsaharienne devant relier Arlit (Niger) à la frontière algérienne, le Directeur général des routes auprès du ministère des Travaux publics, Mohamed Mahieddine, a bien voulu répondre aux nombreuses questions que nous lui avons posées. A travers les réponses qu'il a apportées aux questions portant sur le tracé des routes par rapport à ce que prévoit le schéma national d'aménagement du territoire, les objectifs visés par ces infrastructures routières de diverses natures, le rôle moteur de l'Algérie dans la réalisation de routes transafricaines et les projets à mettre en chantier à plus ou moins long terme, pour donner corps aux unions économiques maghrébines et africaines, on saisit beaucoup mieux la cohérence du développement routier entrepris par l'Etat et les impacts multiformes attendus de ce gigantesque programme que l'Algérie entreprend à grands frais et au pas de charge depuis le milieu des années 2000.-De nombreuses grandes infrastructures routières ont déjà été réalisées (Transsaharienne, autoroute Est-Ouest) et d'autres en phase de construction (Hauts-Plateaux, voies rapides en Kabylie, etc.) et l'on se pose la question de savoir si toutes ces routes s'inscrivent dans un schéma national d'aménagement du territoire qui leur donnerait une cohérence 'Tout le programme du secteur des travaux publics est issu des recommandations du schéma directeur routier et autoroutier à l'horizon 2025. Un schéma que nous actualisons environ tous les cinq ans pour qu'il soit adapté du mieux possible aux réalités du terrain. Cette étude prospective qui s'appuie sur le schéma national d'aménagement du territoire (SNAT) constitue le tableau de bord du secteur des travaux publics. C'est à partir de ces deux schémas que nous avons arrêté notre programme ayant pour axes majeurs la construction d'un grand réseau autoroutier et la préservation des infrastructures existantes.Le programme en question est d'une très grande ambition. Ce sont pas moins de 6500 km d'autoroutes, dont une bonne partie est déjà opérationnelle (autoroute Est-Ouest) que nous réaliserons à l'horizon 2025. C'est ce Schéma directeur routier et autoroutier (SDRA 2005-2025) qui a recommandé ce programme car, avec l'augmentation prodigieuse du trafic routier, nous étions dans l'obligation de passer à un autre stade d'aménagement des routes, avec notamment, la construction de voies de grande capacité en mesure de prendre en charge les surcroîts d'une demande de transport en constante progression. Nous devions absolument offrir de nouvelles capacités pour y faire face et éviter l'asphyxie des réseaux les plus sollicités. Nous nous attelons de ce fait à augmenter à travers l'ensemble du territoire algérien la capacité du réseau existant au moyen du dédoublement de certaines voies comme c'est le cas par exemples de la RN 12 reliant Tizi-Ouzou à Azazga et de la route(RN1) que l'on a commencé à élargir dans sa partie nord.Le dédoublement de cette importante voie qui ira de la Chiffa, au Nord, à El Menéa, au sud, sur plus de 1000km de longueur, fera de la transsaharienne une route moderne en mesure de supporter de grands flux de véhicules et desservir du mieux possible l'Algérie profonde. La transformation de la transsaharienne en voie rapide jusqu'à El Menéa permettra également pour objectif de relier les deux projets de villes nouvelles que sont Bougzoul et El Menéa . -Tel que conçu et réalisé le programme routier et autoroutier obéit donc à une vision prospective. Il n'est pas, comme on aurait tendance à le croire, un agrégat de routes sans logique globale 'Toutes les infrastructures routières existantes et il en sera de même pour celle qui sont en phase de réalisation ou en projet, obéissent aux schémas globaux que nous évoquions plus haut, à savoir, le SNAT et le SDRA. Ce n'est pas du tout un agrégat de routes que nous sommes en train de construire. Dans la partie nord du pays tous les aménagements que nous avons faits ou que nous nous apprêtons à faire, obéissent à des règles économiques, autrement dit, à des impératifs de mobilité et d'adaptation à l'évolution du trafic. S'agissant du sud, c'est, par contre, un autre type d'aménagement que nous projetons. Il s'agit, vous l'avez compris, d'un aménagement volontariste visant précisément à développer l'Algérie profonde en améliorant, notamment, l'accessibilité des vastes régions sahariennes. Pour l'Etat, la route est un moyen d'équité sociale qu'il s'agit de mettre à la disposition du maximum de citoyens sur l'ensemble du territoire et, notamment, dans les régions éloignées du sud. C'est précisément dans cet objectif que nous nous attelons à densifier du mieux possible le maillage entre les diverses contrées de cette très vaste région. Les résultats obtenus sont tangibles et les retombées positives de ces maillages largement perceptibles. -Pour quels objectifs précis l'Etat algérien réalise t-il autant d'infrastructures routières 'La route est un équipement public mais également un outil de régulation sociale, dont l'Etat peut se servir pour répartir équitablement la richesse et le développement économique à travers l'ensemble de son territoire. Ne dit on pas, à juste raison, que « La route du développement passe par le développement de la route ».Les travaux publics conçoivent, par ailleurs, des routes pour répondre aux besoins grandissants du trafic, mais aussi et surtout, pour améliorer la mobilité, autrement dit, la célérité du transport. Vous avez, sans doute, constaté que grâce à l'autoroute Est-Ouest les conducteurs de taxis parviennent à effectuer beaucoup plus de voyages qu'auparavant. Cela est aussi valable pour les véhicules de transport de marchandises. A l'évidence, ce surcroît de mobilité induit par les nouvelles infrastructures routières, a permis à notre économie de mieux tourner. -Il faudra sans doute ajouter à tous ces axes routiers que vous avez évoqués, l'autoroute des Hauts plateaux dont les travaux viennent d'être lancés 'Cette infrastructure routière dont les travaux ont effectivement été lancés à la veille de la commémoration du 60é anniversaire du 1er Novembre 1954 a, il est important de le préciser, vocation d'aménagement du territoire, contrairement à l'autoroute Est-Ouest qui a, par contre été planifiée beaucoup plus pour répondre à un besoin essentiellement économique, consistant notamment à fluidifier le transport sur cet axe qui véhicule, à lui seul, plus de la moitié du trafic commercial algérien et sans doute davantage encore dans un proche avenir. Il y aura, évidement, des liaisons entre ces deux dorsales, en sus des pénétrantes qui les relieront à l'ensemble de nos ports. -En matière d'infrastructures routières qui débordent nos frontières, comme c'est le cas de la transsaharienne et de l'autoroute Est-Ouest, l'Algérie joue t- elle réellement un rôle majeur vis-à-vis des pays riverains 'Quand on fait uns schéma avec des objectifs consistant à relier de nombreux points du territoire, on intègre automatiquement la dimension intégration régionale. L'autoroute Est-Ouest n'est pas une infrastructure propre à l'Algérie. Elle fait partie de l'autoroute maghrébine longue de 7000 km, que les pays de l'Union du Maghreb Arabe (UMA) avaient décidé de réaliser chacun pour soi, mais avec des points de raccordement préalablement définis par cette instance. C'est pour cela qu'on est par exemple obligé de passer, en dépit des problèmes que cela soulèvent, par El Kala pour rejoindre la frontière tunisienne. L'Algérie est déjà arrivée à la frontière marocaine et le Maroc n'est pas loin du point jonction fixé par l'UMA.La transsaharienne incarne encore plus parfaitement cette volonté d'intégration régionale prônée par l'Algérie dès son indépendance. Elle est cité comme projet phare par le Nepad et d'autres organisations transnationales, à l'instar de l'ONU, qui citent souvent cette route, à la réalisation de laquelle l'Algérie a beaucoup contribué, comme exemple d'infrastructure qui permettront à des pays enclavés, comme le Tchad, le Mali et le Niger, d'avoir accès aux ports les moins éloignés. L'Algérie se préoccupe également des routes frontalières et des projets de raccordement avec l'ensemble des pays concernés, et viendra certainement le jour où nous les réaliserons.Il faudra ajouter à la Transsaharienne et à l'autoroute Est-Ouest l'axe allant de Tindouf à la Mauritanie, dont l'Algérie a déjà financé l'étude de faisabilité, pour signifier son grand intérêt pour cette route qui reliera des populations qui entretiennent des relations historiques. C'est dire à quel point l'Algérie s'implique dans la réalisation de tous ces projets routiers intégrateurs auxquels elle tient beaucoup !
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nordine Grim
Source : www.elwatan.com