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«Les Américains ne prendront jamais de position nette contre le Maroc»Luciano Ardesi. Organisateur de l'Eucoco 2013



«Les Américains ne prendront jamais de position nette contre le Maroc»Luciano Ardesi. Organisateur de l'Eucoco 2013
-L'organisation d'une conférence de l'Eucoco à Rome a dû être un grand défi pour vous?Absolument et pour différentes raisons. Ce n'est pas évident pour nous et pour tout le monde. Il n'est pas aisé de réunir ici plus de 350 personnes venues de 17 pays dans ce contexte de crise économique en Italie. C'est vous dire que c'était réellement un grand défi. C'est aussi un défi politique en ce sens que notre pays connaît depuis le début de l'année une instabilité politique chronique. Et comme par miracle, les Sahraouis ont pu mobiliser autour d'eux l'ensemble de la classe politique italienne. Preuve en est que nous avons pu organiser, avant cet Eucoco, une conférence interparlementaire qui a réuni tous les partis politiques italiens. Tous les partis représentés au Parlement ont donné mandat pour leur représentation lors de cette conférence. Il y a donc un consensus parmi la classe politique italienne autour de la cause sahraouie?
-Avez-vous subi des pressions après l'annonce de l'organisation de l'Eucoco à Rome, notamment de la part des Marocains '
Ah oui, bien sûr. Mais la chose la plus marrante est que l'ambassade du Maroc à Rome a convoqué le jour même, quand elle a su que nous allions organiser cet Eucoco, une conférence payée par le gouvernement marocain pour rassembler des personnes et défendre leur approche. Mais je tiens à vous dire que mis à part le soutien de la région de Lazio, notamment son président Nicola Zingaretti, la contribution financière provient des gens qui ont cotisé pour venir ici. Et cela a été extraordinaire. Chez les Marocains c'était une action du gouvernement ; ici c'était une contribution et une présence populaire ; en témoigne cette forte participation que vous avez pu constater vous-même. Le Maroc a certes de grands moyens, mais n'a pas notre capacité de mobilisation. Ils ont même ramené des soi-disant Sahraouis et certaines ONG pour meubler leur conférence, mais ceux-là ne sont pas de vrais Sahraouis (rire).
-Il y a une belle histoire d'amour entre la cause sahraouie et Rome, qui a accueilli plusieurs Eucoco?
Nous avons effectivement organisé plusieurs fois cette conférence de l'Eucoco, dont la dernière en 2007, mais aussi durant les années 80. Disons qu'il y a une continuité de l'action. Prenez par exemple le président de la région de Lazio ; c'est lui-même, quand il était président de la province de Rome, qui avait soutenu les projets de coopération et d'aide humanitaire au peuple sahraoui dans les camps de réfugiés. Il a lui-même déclaré, vendredi, qu'il avait vécu dans les camps de réfugiés, à Tindouf, dans sa jeunesse. Cette expérience humaine a en quelque sorte marqué sa carrière politique.
-Le gouvernement italien assume-t-il ce soutien presque massif de la société civile et des partis politiques à la cause sahraouie '
Globalement, les différents gouvernements italiens qui se sont succédé durant les 20 dernières années ont soutenu le principe de l'autodétermination du peuple sahraoui et la nécessité d'appliquer la légalité internationale. Il y a peut-être des gouvernements plus engagés que d'autres, mais il y a une constance dans ce soutien. Ceci dit, en tant que citoyens italiens sympathisants de la cause, on voudrait davantage d'engagement. Ne faisons pas la fine bouche, le maintien de cette position est tout de même satisfaisant et important. Ceci, d'autant plus que d'autres gouvernements européens ne peuvent pas affirmer cette position, comme la France et l'Espagne.
-Quel sentiment vous inspire ce statu quo de la cause sahraouie depuis le cessez-le-feu '
Il y a malheureusement un blocage à cause du Maroc qui refuse d'appliquer ce qu'il a pourtant signé, à savoir l'accord sur l'organisation d'une référendum d'autodétermination. Le Maroc a engagé sa parole mais ne l'a pas respectée, d'où l'impasse actuelle. Je pense que le roi a peur qu'une expression libre du choix des Sahraouis ne provoque un effet domino dans tout le Maroc. Les citoyens marocains des autres régions pourraient se poser la question de savoir pourquoi les Sahraouis choisiraient leur destin et pas eux. Le roi a peur que les Marocains lui demandent la même chose. C'est une question vitale pour sa monarchie Il a d'ailleurs proposé une régionalisation aux territoires occupés dans le cadre de son plan d'autonomie? Je crois que ce projet est purement formel. Le système de pouvoir au Maroc est très concentré entre les mains du palais. Le roi, au Maroc, n'est pas comme la reine en Angleterre. Ce n'est pas une monarchie parlementaire dans la mesure où le roi règne et gouverne en même temps. Il n'y a donc aucune chance que ce processus de régionalisation aboutisse. C'est incompatible avec le système d'allégeance au roi.
-Comment voyez-vous l'évolution prochaine de la cause sahraouie '
Il faut être réaliste, je ne pense pas qu'il puisse y avoir une solution immédiate. On le souhaite de tout c?ur, évidemment, mais les obstacles sont bien là. Faut-il souligner l'appui que reçoit le Maroc dans ce dossier de la part des deux principaux pays que sont la France et l'Espagne.
-Mais les Etats unis semblent nuancer leur position et mettent la pression sur le Maroc, notamment en matière de respect des droits de l'homme?
Oui, même si je crois que les Américains ne prendront jamais de position nette contre le Maroc. Ils peuvent protester, ils peuvent dénoncer, mais ils n'iraient pas jusqu'à faire une pression décisive sur le Maroc.


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