Vous aurez du sable dans les yeux.» Une phrase lancée à Abdelmalek Sellal par un représentant de la société civile, à Béchar, pour le prévenir que la colère des jeunes du Sud n'est pas un vent sans effets et qu'il ne faut pas laisser les appels des populations de cette région sans réponses.
Un avertissement qui n'est pas dénué de sens, bien au contraire ; c'est même une image qui sied, on ne peut mieux, à l'attitude des pouvoirs publics face à tous les maux qui secouent le couvercle de la marmite nationale. Le marasme est réel, l'ébullition est à son comble et les réponses du pouvoir sont loin de satisfaire les attentes. Il se trouve que le gouvernement a déjà du sable dans les yeux et semble même tâtonner pour retrouver ses repères dans cette grande colère due à la mal-vie ambiante. Qu'ils soient du Sud, du Nord, de l'Est ou de l'Ouest, les Algériens sont rattrapés par une réalité que le régime semble feindre ne pas voir ou qu'il tente de calmer avec des pilules indigestes.
La colère qui émane des Algériens du Sud et de l'Ouest, provoquée par le chômage, est la même que celle exprimée par les Algériens de l'Est provoquée par le sentiment d'insécurité. Le ras-le-bol est le même et s'exprime par le rejet d'une politique dont est seul responsable un pouvoir incapable de penser à autre chose qu'à sa survie. Les Algériens renvoient à la face de ce régime l'échec de sa non-politique de résorption du chômage.
Bouteflika avait annoncé, en avril 2011, dans la foulée du paquet de non-réformes politiques, la décision d'ouvrir les caisses de l'Ansej pour acheter la paix sociale faute d'une stratégie réelle de création d'emplois et de diversification des offres sur le marché du travail. L'Etat s'en trouve réduit à être une grosse caisse d'argent dans laquelle on puise des tickets pour passer les périodes de crise. Cependant, les périodes de crise se suivent de près, les tickets ont montré leur inefficacité et les demandeurs d'emploi, dont le nombre augmente sans cesse, le font savoir tous les jours et sans tiédeur.
Alors que des scandales financiers dévoilent au grand jour l'indécente et criminelle utilisation des deniers publics par des personnes promues aux destinées du pays, de Laghouat à Ouargla, d'Arzew à Tindouf, les jeunes réclament pour leur part leur droit à un travail digne.
Des millions de dollars sont dilapidés dans les salons feutrés du pouvoir, à l'heure où plusieurs milliers de jeunes n'arrivent même pas à avoir un salaire régulier pour subsister. Le décalage entre l'Algérie d'en haut et celle d'en bas est affaire de dignité. Telle est l'image du cinquantième anniversaire de l'indépendance. La féodalité a juste changé de promoteurs et ce ne sont pas les chiffres maquillés du taux officiel du chômage qui vont contredire cet état de fait. Le taux de chômage trouve sa réelle valeur dans ce séisme dont l'épicentre est au Sud, avec des répliques dans tout le pays. La gestion chaotique et approximative des affaires publiques montre aujourd'hui ses funestes résultats. A défaut de rassurer les Algériens et de gérer à bon escient les deniers publics, le pouvoir place le pays sur un volcan.
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Posté par : presse-algerie
Ecrit par : Nadjia Bouaricha
Source : www.elwatan.com