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Assises nationales sur le développement local Les résultats de la consultation contestés



Assises nationales sur le développement local                                    Les résultats de la consultation contestés
Germes de déstabilisation du pays
Il a fallu près de cinquante ans d'indépendance pour que nos dirigeants se rendent compte que le pouvoir central est coupé des réalités locales. Il aura fallu plutôt que le Printemps arabe approche les portes de l'Algérie qu'un large mouvement de contestation s'enclenche en 2011 pour que les voix étouffées des citoyens de l'intérieur du pays parviennent à crier leur indignation face au peu d'écoute des autorités locales à leurs préoccupations, face à une très insuffisante prise en charge de leurs difficultés. Bref, au constat d'une défaillance de la gouvernance locale. Le Cnes, qui a sillonné le pays au cours de l'année dernière, a établi un diagnostic sans complaisance de cette situation dangereuse. Cette institution a effectué, en effet, un excellent travail consigné dans un rapport final, riche de mesures concrètes destinées à insuffler une nouvelle dynamique au développement local et de solutions en vue de résoudre les difficultés de millions d'Algériens.
Présentée comme un exercice anodin par les médias, voire de moindre importance que l'effervescence politique liée aux législatives, cette consultation revêt, à l'opposé, une importance capitale pour l'avenir du pays. En effet, les assises, même si elles ont pointé du doigt le malaise de l'Algérie profonde, n'ont pas rendu compte de la gravité de la situation. Des membres de la délégation du Cnes ont rapporté avoir décelé des germes de la déstabilisation du pays : menaces de partition du pays proférées au Sud, si le pouvoir central ne prend pas en charge les préoccupations des jeunes de la région, colère des chômeurs, profond désespoir de populations délaissées par l'administration locale, ignorées par les centres de décision. En l'occurrence, à Tindouf, de multiples grappes d'habitants de la ville ont été interdits de circuler dans la région, se demandant du coup, s'ils sont algériens et ont crié haut et fort leur indignation.
Par ailleurs, si le travail de fourmi du Cnes a permis d'esquisser une feuille de route en vue d'améliorer la gouvernance locale, il est entaché néanmoins d'un précédent qui n'honore pas la démarche de l'institution. Le travail aurait été plus intéressant, en effet, si une meilleure représentativité de la société civile avait été dégagée. Le Cnes, il faut le noter, a fermé les yeux à une participation guère démocratique : les représentants des associations ont été désignés par les walis et non par une structure indépendante, rapportent des sources concordantes.
Les recommandations ont également occulté la nécessité d'un mécanisme de suivi pour que les mesures décidées par l'Exécutif soient appliquées rapidement sur le terrain. Au point que des participants appréhendent un blocage de cette réforme de la gouvernance locale. En effet, il faudra, selon ces délégués, réformer l'administration pour espérer que ces décisions puissent porter leurs fruits en termes de développement local. L'économiste, Ammar Belhimeur, relève, à juste titre, que la réforme de l'Etat de 2001 qui a été depuis mise sous le boisseau, comportait une série de mesures à même d'améliorer la gouvernance locale, d'où les appréhensions de nombre de participants sur la mise en 'uvre de la feuille de route. Ces craintes, il faut le noter, ont été ancrées, voire fossilisées par les fausses promesses du pouvoir : lutte contre la corruption, dépénalisation détournée du délit de gestion, dépénalisation avortée du délit de presse, ouverture démocratique
retardée'
Dans la foulée, d'autres avancent que ces assises s'apparentent à une rencontre alibi pour que le pouvoir puisse gagner du temps. En tout cas, la période préélectorale risque de mettre entre parenthèses toutes ces revendications. Le gouvernement sera beaucoup plus préoccupé par les résultats des législatives, les walis et les collectivités locales par l'organisation des élections. Il faudra donc attendre le second semestre pour juger sur pièce. On aura donc perdu une année. Ce rapport nonchalant au temps risque pourtant de faire le lit de l'ingérence étrangère. Faut-il alors que le feu atteigne le sommet ou que 'le mal arrive trivialement jusqu'à l'os', pour que les choses bougent en Algérie.
K. R.
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